Témoignages. “On les voit comme “coupable” d’avoir le VIH et non en “victime””

Témoignages. “On les voit comme “coupable” d’avoir le VIH et non en “victime””

Contrairement aux idées reçues, de nombreux Algériens s’engagent aux côtés des personnes porteuses du VIH. Ils avaient, comme tout le monde, des préjugés sur les séropositifs. Ils sont parvenus à s’en défaire. Ces bénévoles se mobilisent maintenant pour que la société en fasse autant. Témoignages.

Au sein des associations de protection contre le sida, on retrouve essentiellement des jeunes, notamment des étudiants en médecine. Inty donne la parole à quatre bénévoles. S’ils se félicitent des progrès de la médecine pour lutter contre le virus, ils espèrent que les mentalités et le regard sur les porteurs du VIH changent.

Akim Korchi : “Les personnes qui ont le VIH n’ont rien de particulier. C’est monsieur, madame tout le monde”

Akim est infirmier et bénévole à l’association APCS à Oran. Pour lui, les porteurs du VIH ne sont plus condamnés. Grâce au progrès de la sciences, ils peuvent mener une vie “normale”… même en Algérie :

“Quand j’ai commencé à travailler avec l’APCS il y’a deux ans, je ne savais pas vraiment ce qui m’attendait. Comme beaucoup d’autres, j’avais mes préjugés sur le VIH : homosexuels, migrants, prostituées…

Contrairement à ce que l’on croit, cette maladie se propage plus dans le milieu hétérosexuel que homosexuel.

Au sein de l’APCS, j’ai découvert qu’en fait les personnes qui ont le VIH n’ont rien de particulier. C’est monsieur, madame tout le monde. Des gens sympathiques, adorables. Beaucoup de personnes sont atteintes par le biais de leur conjoint, copain, fiancé. Contrairement à ce que l’on croit, cette maladie se propage plus dans le milieu hétérosexuel que homosexuel.

Notre société est ignorante. Vivre avec le VIH en Algérie, c’est vivre avec le rejet, la stigmatisation.

Le plus dur est le plus triste, c’est d’annoncer la nouvelle à celui qui a fait le dépistage au niveau de l’association. Notre société est ignorante. Vivre avec le VIH en Algérie, c’est vivre avec le rejet, la stigmatisation. On vous voit comme “coupable” d’avoir le VIH et non pas “victime” du VIH. Quand on parle aux gens de l’utilité du préservatif, on dirait qu’on les accuse d’être sales. Alors que c’est avant tout pour protéger ceux qu’on aime car on ne sait pas ce qu’il y a dans le sang de l’autre.

Quand on parle aux gens de l’utilité du préservatif, on dirait qu’on les accuse d’être sales.

La trithérapie est un traitement efficace et qui redonne de l’espoir. Croyez moi, j’ai vu des personnes revenir d’entre les morts après avoir commencé le traitement. Il contrôle et peut bloquer la maladie et la transformer en une banale maladie chronique.

Il ne faut pas croire qu’en étant séropositif sa vie s’arrête, loin de là. Un couple peut vivre tranquillement, avoir des enfants et vivre aussi longtemps que les autres.

Hadjer : “Les Algériens ont plus peur de la discrimination que de la maladie elle-même”

Hadjer, qui étudie à l’INH de Boumerdes, est devenue une militante pour les droits des personnes atteintes du sida en assistant à un débat sur la maladie. Depuis, elle pense que la communication à propos du VIH est primordiale :

“En septembre 2015, j’ai assisté à une conférence sur le sida. Le speaker avait une très bonne façon d’aborder la question délicate de cette maladie et a crée une atmosphère propice au débat. J’en ai beaucoup appris et j’ai essayé de transmettre à mon entourage mais ce n’était pas suffisant pour moi, je voulais vraiment m’impliquer dans cette lutte parce que je crois en la force de l’action plus qu’en celle des mots.

Ma première activité relative au SIDA a été avec l’association Idmaj. Chaque jeudi, on sortait avec nos T-shirt et dépliants sur le sida et les moyens de prévention et on essayait d’atteindre le plus de monde possible, surtout les jeunes en les encourageant à faire le dépistage gratuit et anonyme. A la fin de ces journées, j’avais ce sentiment du devoir accompli car pour moi c’est un devoir que d’informer les gens.

J’avais beaucoup de préjugés sur les MST. Je culpabilise aujourd’hui d’avoir jugé ces gens sans connaître leur histoire et leur combat

Maintenant je suis bénévole dans deux associations, AIDS Algérie et El Hayet des PVIH. Elles travaillent souvent en collaboration dans le but principal d’une génération sans sida. Pour être honnête, j’avais beaucoup de préjugés sur les MST. Je culpabilise aujourd’hui d’avoir jugé ces gens sans connaître leur histoire et leur combat. J’ai vu et entendu des personnes avec un esprit ouvert, qui étaient prêtes à comprendre et à débattre de façon respectueuse, mais aussi, et ça fait vraiment mal, des gens qui étaient hermétiquement clos à tout débat. Ils nous jetaient les dépliants à la figure en faisant des blagues stupides et posant des questions vulgaires.

Arrêtons de nous juger et de nous stigmatiser les uns les autres.

A mon avis, aujourd’hui les gens voient cette maladie différemment, et la majorité cherchent à se protéger et à en connaître le maximum. Mais plus parce qu’ils ont peur de la discrimination que de la maladie elle-même ! Quand je pense à tout ceci, une femme avec qui j’ai parlé pendant une journée de sensibilisation me vient à l’esprit. C’était une femme cultivée et posée, elle m’a écoutée et m’a dit qu’elle voulait tout comprendre pour en parler avec son fils à cœur ouvert. Elle sait que les temps ont changé et que ses enfants sont libres dans leur vie mais elle croit qu’elle peut les orienter et les conseiller en tant que mère et amie car la communication est primordiale dans ce domaine très tabou en Algérie. Elle lui a dit : “tu peux faire ce que tu veux mais sache que tu dois y réfléchir a deux fois car on t’aime et on tiens à toi, ce n’est pas du tout facile de découvrir que tu vas vivre toute ta vie avec un traitement lourd parce que dans un moment d’égarement, tu as attrapé ce virus”.

Pour éviter le VIH, protégeons nous et essayons de sauver les autres, arrêtons de nous juger et de nous stigmatiser les uns les autres. Cherchons les solutions au lieu de créer de nouveaux problèmes car après tout, on est tous humains !

Amel : “On est passé de préjugés d’ordre religieux à des préjugés sociaux et excluant”

Amel, étudiante en médecine à la faculté d’Alger, s’est engagée dans la défense des droits des personnes atteintes du VIH il y a deux ans. Pour elle, le regard des Algériens sur les victimes du sida est en train de changer :

“J’ai eu affaire à plusieurs patients sidéens et séropositifs. Je dirais que c’est l’humaniste en moi qui s’est engagée pour les défendre et protéger la société de cette maladie. Mon rôle principal est de sensibiliser, c’est la priorité pour le moment, surtout pour les personnes en dehors du corps médical. En m’engageant dans le mouvement associatif, j’ai pris conscience de la souffrance des sidéens, de leurs problèmes et comment la société complique encore plus les choses pour les personnes atteintes du sida.

Les Algériens ont changé de type de préjugés envers les sidéens.

Comment les gens reçoivent les messages de l’association ? Je dirai que tout dépend de la cible : les étudiants ne reçoivent pas le message de la même façon qu’un citoyen lambda dans les rues d’Alger. Mais j’ai remarqué que les Algériens ont changé de type de préjugés. A mon avis, on est passé de préjugés d’ordre religieux et punitifs à des préjugés sociaux et excluant.

On retrouve ça dans les hôpitaux aussi. L’an dernier pendant un stage au service des infections, une patiente séropositive a fait une cholécystite. Aucun service de chirurgie n’a accepté de la prendre en charge, prétextant un risque de contamination du staff. Elle a failli perdre sa vie ! Heureusement que le professeur chef du service de chirurgie d’un hôpital à Alger est intervenu.

Néanmoins, du côté des patients, je trouve qu’ils acceptent de plus en plus la maladie et essayent la médication. Avec un langage vulgarisé, ils se confient aux médecins et demandent conseil et orientation.

Moncef : “Diagnostiqué tôt, le VIH n’est qu’une maladie chronique comme le diabète ou l’hypertension”

Parallèlement à ces études en médecine à la faculté d’Annaba, Moncef est un membre actif de l’association Aniss, qui vient en aide aux séropositifs. Comme Akim Korchi, il relève les avancées scientifiques qui ont permis de maîtriser le virus :

A Aniss, on a deux volets : un où l’on travaille avec la population en général et un autre où l’on cible les catégories à risque. Avec la première catégorie, on fait de la sensibilisation, de la prévention, d’un coté et, de l’autre, un travail sur les préjugés et les stéréotypes contre les personnes malades. On ne leur demande pas de ne pas juger directement mais on les pousse à se questionner, à penser rationnellement et ne pas s’acharner à stigmatiser la maladie.

Quant à la catégorie à risque (prostituées…), on essaye de leur faciliter l’accès au soins, au dépistage et aux moyens de protections.

J’ai une histoire qui peut redonner de l’espoir et qui m’a personnellement beaucoup touché : j’ai connu un homme d’un certain âge qui a été diagnostiqué stade sida, avec un taux de CD4 frôlant le zéro (marqueurs des cellules lymphocytes T4 du système immunitaire que cible le virus). Aujourd’hui, grâce aux antirétroviraux, il a une charge virale négative et il va beaucoup mieux. C’est un cas rare mais le VIH quand il est diagnostiqué avant le stade sida est traitable. Il est alors considéré comme une maladie chronique au même titre que le diabète ou l’hypertension et on peut vivre avec.”

Aller plus loin :

Vivre avec le sida en Algérie

Samia Sad

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