Jusqu’à la fin des temps, une comédie noire algérienne

Jusqu’à la fin des temps, une comédie noire algérienne

Avec son humour noir et mordant, Jusqu’à la fin des temps parvient à faire rire sur la mort. Analyse et critique du premier long-métrage de Yasmine Chouikh, auréolé du prix suprême au festival d’Annaba du film méditerranéen, l’Annab d’Or.

Pour son premier long-métrage, la réalisatrice algérienne Yasmine Chouikh s’attaque à la comédie noire. Un genre difficile qui peut s’avérer une pente savonneuse au cinéma. Que vaut Jusqu’à la fin des temps ?

Synopsis

Ali passe ses journées dans le cimetière d’un village perdu entre mer et terre. Il est fossoyeur. Sa routine est bouleversée le jour où il croise près d’une tombe Joher. Elle est venue se recueillir sur la pierre tombale de sa sœur. Désespérée, son seul projet de vie consiste à préparer sa mort. Elle demande alors de l’aide à Ali. Une relation singulière se noue entre ces deux personnes à qui la vie n’a pas toujours souri.

Pourquoi on a aimé

Jusqu’à la fin des temps n’est pas un film sur la mort. Bien que celle-ci y soit omniprésente. A quelques excursions près (en ville et à la mer), le film se déroule à la façon d’un huis clos. Le village, surnommé Sidi Boulekbour, en est la limite et son cimetière l’horizon. Ici, on gagne sa vie avec ceux qui l’ont perdu. On les attend, on les lave, on les enterre. Et on recommence, inlassablement. Si bien que dans l’imaginaire collectif, Sidi Boulekbour est synonyme de mort. Il n’y a qu’à voir l’accueil glacial réservé au fossoyeur du village lorsqu’il descend en ville.

La force du film de Yasmine Chouikh est d’avoir su distiller des doses d’humour noir tout au long du processus mortuaire. Comme cette scène cocasse où le jeune Nabil, qui se rêve en entrepreneur de la mort, forme une troupe de pleureuses professionnelles. Ou lorsqu’elle filme une laveuse de corps, le kit main libre vissé à l’oreille, en train de gérer sa petite affaire d’une main de maître.

Sous le vernis de la comédie noire, Yasmine Chouikh aborde des sujets grave. La réalisatrice algérienne, qui a également écrit le scénario de ce film, parle en filigrane de la condition de la femme dans une société patriarcale. Le destin de ces héroïnes est dramatique : battue, abandonnée par un époux ou victime de diffamation.

L’amour après 70 ans
jusqu'à la fin des temps yasmine chouikkh
Peut-on encore tomber amoureux passé 70 ans ?

Drôle, le premier long-métrage de Yasmine Chouikh est aussi lumineux que touchant. Car, entre les tombes, elle parvient à filmer des renaissances. A Sidi Boulekbour, les personnages clefs sont arrivés à des moments charnière de leur existence. Ils ont la possibilité d’avoir une deuxième chance. Mais tous ne sont pas prêts à changer le cours de leur vie. Jusqu’à la fin des temps questionne les destinées, le choix possible et le courage (car il en faut) d’emprunter un autre chemin.

Dans Jusqu’à la fin des temps, une renaissance prend la forme d’un amour. Celui d’un homme et d’une femme aux visages labourés par les années et les déceptions. Peut-on tomber amoureux passé 70 ans ? A regarder Ali et Joher cavaler entre les tombes, batifoler comme des adolescents à la plage, enfourcher une mobylette, s’enlacer et s’évader, on peut y croire.

Lire aussi :

Fais soin de toi, un beau film sur la difficulté d’aimer en Algérie

Nouvelle vague : ils font le cinéma algérien d’aujourd’hui

Karim Moussaoui : « Le cinéma doit être libre »

Facebook Comments

You May Also Like

Leave a Reply

En continuant à utiliser le site, vous acceptez l’utilisation des cookies. Plus d’informations

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer