Récit. Mon premier voyage vers l’Algérie en bateau

Récit. Mon premier voyage vers l’Algérie en bateau

Maud est une étudiante française, cet été elle a décidé de découvrir l’Algérie. Elle a fait son premier voyage à Alger … en bateau. une traversée qui l’a plongée dans l’univers algérien avant de fouler le sol du pays. Elle raconte dans ce récit ses impressions et sa première grande traversée. 

Il n’est pas six heures lorsque le réveil sonne. Je me prépare en hâte, mes parents ont accepté de m’accompagner à Marseille. Nous arrivons près du port et manquons d’embarquer tous les trois en voiture, par mégarde, ce n’était pas la bonne porte. De brefs au revoir – après tout, je ne pars que deux semaines -, ils me laissent au contrôle de sécurité de la gare maritime Major. Passé le premier portique, je commence à faire la queue derrière un comptoir : on y vend manifestement des billets, je monte donc les escaliers et intègre la file d’embarquement. Les minutes s’écoulent, j’entame la conversation avec mon voisin, Ali, et lui confie que je me rends pour la première fois en Algérie. Notre discussion enjouée me fait oublier l’attente. Lorsque j’arrive enfin au poste de contrôle des bagages, plus d’une heure après, j’ai les jambes lourdes et la gorge sèche. Une femme me demande ma carte d’embarquement. Quelle carte ? On ne m’a rien demandé, j’ai été contrôlée plusieurs fois sans que personne ne s’aperçoive de son absence. Je dois retourner au guichet de l’étage inférieur, qui ne servait donc pas qu’à vendre des billets. Je m’acquitte de mon devoir et me fustige intérieurement : non seulement je dois refaire la queue en haut, mais à quelques minutes près, je n’aurais pas pu monter à bord car le guichet était sur le point de fermer.

Bazar organisé

Trois quarts d’heure plus tard, j’ai enfin passé la sécurité. Je traverse la passerelle et pénètre dans l’immense bâtiment, un navire énorme et imposant. J’arrive dans le parking, parcoure un dédale de couloirs sombres et encombrés pour atteindre le pont 6. Je m’engage dans l’un des salons où se trouvent les sièges – la façon la plus économique de voyager en bateau – et cherche ma place, dans le chahut des voyageurs qui s’installent. La situation est confuse : les gens s’allongent le long des murs, réservent des rangées de trois sièges en y étalant sacs et vêtements, branchent leurs glacières sur les rares prises murales ; je comprends rapidement que le numéro indiqué sur ma précieuse carte d’embarquement ne me sera d’aucune utilité. Mon encombrant sac de soixante litres sur le dos, je me fraye un passage jusqu’au pont 8 qui donne accès aux espaces extérieurs. Je traverse des couloirs tapissés de moquette, et plus que l’immensité du bateau, un détail me laisse pantoise : une tente Quechua dressée dans un angle. Je ris intérieurement, plaignant l’insouciant qui ne tardera pas à se faire déloger, puis je remarque de nombreux corps étendus le long de la coursive, certains confortablement installés sur des matelas gonflables. Plus loin, une seconde tente. Je ne rêve pas, les passagers sans cabine se sont bel et bien approprié le bateau, son sol et ses banquettes. Et je suis ravie du constat : pour une fois que tout n’est pas ultra réglementé et qu’on peut en profiter ! Qu’à cela ne tienne, ce soir, j’aménagerai aussi mon coin de moquette, moi qui craignais une nuit douloureuse engoncée dans un fauteuil raide et étroit. Je sors enfin sur le pont, respire l’air lourd sous la chaleur de Marseille, et laisse monter l’excitation que provoque un voyage en terre inconnue. Nous avons déjà une heure et demie de retard, on ne devrait plus tarder à partir puisque je suis la dernière piétonne à avoir embarqué.

Deux heures plus tard, l’excitation est retombée. J’avise un membre de l’équipage et lui demande pourquoi nous n’avons pas bougé d’un pouce : le bateau ne peut quitter le port, car d’autres navires en mouvement bloquent la sortie. Je prends mon mal en patience et décide d’explorer le bateau : il y a une salle de cinéma, mais j’ai déjà vu le film à l’affiche, une table de ping-pong, un café-bar, trois restaurants… L’espace est immense, et encore, je n’ai rien vu. Je commence à m’inquiéter du retard, des amis m’attendent à Alger, mais Sharef rencontré plus tôt dans la queue me rassure : le capitaine compensera pendant la nuit, il en va toujours ainsi. Finalement, quatre heures après le départ annoncé, le bateau s’ébranle. De légères vibrations se font sentir, je m’empresse de gagner le pont extérieur d’où je regarde Marseille, puis la côte française, se fondre peu à peu dans l’horizon, laissant place à une étendue bleue, calme, infinie…

Un soleil noyé par la Méditerranée

La traversée de déroule à merveille : je passe le plus clair de mon temps sur le pont avec Sharef, le regard perdu dans les vagues. C’est un habitué du trajet – il ne supporte pas l’avion – il me fait visiter les autres ponts du Méditerranée (le nom de notre embarcation). Heureusement, car sans lui je n’aurais sans doute pas découvert la terrasse du pont 10, à l’arrière du navire, où de nombreux bancs invitent les passagers à contempler l’immense sillage que nous laissons derrière nous. L’ambiance est galvanisée par le soleil et l’atmosphère de vacances, les enfants courent partout, poursuivis par leurs parents inquiets qu’ils s’approchent trop du bord, les jeunes multiplient les selfies, dos à la mer, les hommes fument ici et là, on se promène sur le pont. L’atmosphère présage une belle croisière. Je continue mes pérégrinations, prends des cafés, me ballade d’un pont à l’autre. Lorsque la lumière commence à décliner, je me précipite dehors malgré l’air qui s’est bien rafraîchi : pas question de rater le coucher de soleil sur l’horizon, ce n’est pas tous les jours qu’on peut le voir se baigner dans la mer.

14163959_10154557057516549_1194223394_o

Appuyée sur la rambarde, je scrute les flancs du bateau à la recherche des dauphins dont on m’a dit qu’ils aimaient jouer près de la coque. Rien, pas l’ombre d’un aileron, je reporte mes yeux fatigués sur le soleil qui achève sa descente quotidienne. C’est un spectacle ahurissant, le ciel est en feu, c’est la première fois que je vois tant de couleurs s’épancher sur un panorama à plus de cent quatre-vingts degrés. Je maudis les raisons inconnues, sans doute justifiées, qui nous empêchent de nous promener sur le dernier pont, autour de la grande cheminée qui exhale une fumée noirâtre sans discontinuer, d’où nous pourrions voir la mer nous encercler complètement. Peu importe, j’écoute à peine ce que me dit Sharef, perdue dans la contemplation des derniers rayons rougeoyants, bientôt engloutis dans les eaux sombres et scintillantes de la Méditerranée…

Nous partons dîner au self-service où je me contente d’une petite salade en ramequin ; c’est le resto le moins cher, pourtant le prix des repas est bien élevé pour mon budget d’étudiante. J’attends longtemps mon tour malgré l’heure tardive, il y a du monde et certains passagers font du grabuge, demandent des garanties sur la qualité ou la provenance des ingrédients, je ne comprends pas exactement ce dont il s’agit. Un dernier passage au café-bar, où la soirée pour les enfants bat son plein. Ils se dandinent adorablement sur la musique de « Gangnam Style », les plus téméraires rejoignent l’animateur déchaîné sur l’estrade. Je suis fatiguée et décide de rater la soirée des adultes au profit du sommeil. Mais avant d’aller me coucher, je retourne regarder la mer une dernière fois : on la distingue à peine du ciel, la nuit est noire comme de l’encre, les étoiles sans doute masquées par d’invisibles nuages. On aperçoit encore l’écume effervescente qui borde le navire de son bleu glacial. Peu de temps après je déroule mon sac de couchage sur la moquette, comme beaucoup d’autres dormeurs, entre deux rangées de sièges, et je m’endors rapidement, bercée par les vibrations du bateau.

Une chambre, 50 passagers

14114609_10154557057006549_2117746240_o

Je m’éveille tranquillement. Contre toute attente, j’ai bien dormi ; c’était la première fois que je partageais une chambre avec plus de cinquante personnes. Des enfants pleurent, leurs mères s’agitent, je sors lentement de ma torpeur et gagne le pont trop tard pour le lever du soleil. Lorsque je sors, le disque rose flamboyant vient tout juste de se poser sur la ligne d’horizon. Je bois mon café en le regardant commencer sa course. Une heure s’est écoulée, peut-être plus, quand soudain, les gens se pressent aux balustrades. On aperçoit une chape de brume marron se dessiner au loin, vers l’avant du bateau. C’est le continent africain. Les contours se précisent, mais toujours dans cette pesanteur brune. Je suis déçue, on m’a tant vanté la vue d’Alger depuis la mer que c’est ce qui m’a convaincu d’opter pour la voie maritime. Je continue à épier l’horizon. Elle apparaît, Alger la Blanche, encore plus belle que dans ses descriptions. La voir émerger du néant valait bien les vingt-quatre heures de traversée. Je découvre avec ravissement ses arches, son relief, ses courbes qui se perdent sous le labyrinthe de ses bâtiments blanc ou crème. Je me laisse gagner par l’excitation générale et immortalise moi aussi la baie d’Alger avec mon Smartphone.

« Vous êtes bienvenue chez toi »

Nous accostons enfin, avec seulement une heure de retard. Mais il me faudra attendre une heure de plus pour poser le pied sur la terre ferme, et encore une demi-heure pour passer la douane. Le voyage aura donc duré vingt-sept heures trente, d’un port à l’autre. Enfin, me voici en Algérie, où la première phrase prononcée à mon encontre me remplit de confiance et d’allégresse : « Vous êtes bienvenue chez toi ».

14113983_10154557056866549_2078711552_o

Bilan : Je recommande vivement la traversée de la Méditerranée en bateau pour ceux qui n’y sont pas contraints par le déplacement d’un véhicule, qui ont du temps devant eux et n’ont pas le mal de mer. On m’a raconté l’histoire de voyages sous la houle, ce n’était pas beau à entendre ! Par mer calme, c’est une expérience saisissante, unique, et qui peut s’avérer économique en haute saison. Et il est vrai qu’on appréhende mieux les distances en prenant son temps. En revanche, maintenant que j’ai testé le bateau, je prendrai l’avion pour mon prochain voyage en Algérie ! Vingt-sept heures, c’est quand même très très long…

Maud

Facebook Comments

You May Also Like

1 Comment

  • Rachida Ziouche Lazrak 13 avril 2017 18 h 18 min

    Bonsoir.
    Je m’appelle Rachida Ziouche Lazrak, auteure du livre ” Ma cuisine passion, 30 jours, 30 menus”. édité par Arak Éditions.
    J’apprécie beaucoup votre magazine.
    Je suis journaliste indépendante à la retraite, lauréate du concours national des femmes orteusrs de projet innovant (organisé par le ministère de la Solidarité)
    Je viens d’ouvrir une maison d’hôtes à Madaure, W.Souk Ahras. Vous pouvez voir la page FB: Saint- Augustin Madaure qui vous renseigne sur nos prestations…
    Je souhaite savoir si vous pouvez en informer vos lectrices et lecteurs en vous remerciant.
    Vous y êtes les bienvenues.
    Cordialement.

Leave a Reply

En continuant à utiliser le site, vous acceptez l’utilisation des cookies. Plus d’informations

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer