Chercher

Voici la recette de Rachid Boudjedra pour un pamphlet… raté

Voici la recette de Rachid Boudjedra pour un pamphlet… raté

Avec « Les contrebandiers de l’Histoire », Rachid Boudjedra signe le livre le plus commenté de cette rentrée littéraire. Voici sa recette pour rédiger un pamphlet qui crée la polémique mais qui n’est pas forcément réussi. 

Si tu n’as pas encore ouvert un livre de Rachid Boudjedra, on te déconseille de commencer par « Les contrebandiers de l’Histoire ». Ecrit dans l’urgence – on se demande encore laquelle -, le pamphlet paru il y a quelques jours aux éditions Frantz Fanon n’est pas du même acabit que les romans publiés par ce grand nom de la littérature algérienne.

Bien que ce « brûlot », comme il le qualifie, ne soit pas de bonne facture – un discours approximatif, manichéen voire trivial et un argumentaire pauvre, voire inexistant -, Rachid Boudjedra a remporté son pari : faire parler de lui.

Comment l’auteur de « La Répudiation » a-t-il réussi son coup ? Quelle recette a-t-il employé ? Réponse en extraits :

S’assigner une mission ambitieuse 

Les contrebandiers de l'histoire

Ne pas avoir peur de diffamer 

Les contrebandiers de l'Histoire

 Formuler quelques tournures complexes 

Les contrebandiers de l'histoire

Même si elle ne veulent pas dire grand-chose

Relater ce genre d’anecdotes

Apparemment, à l’époque on pouvait s’acheter des chaussures de luxe pour 300 dinars. Le rêve ! Notre passage préféré du livre, assurément !

Inventer des petits surnoms 

Et les faire passer pour des expressions utilisées couramment

Avoir l’esprit concis 

Résumer toute une décennie d’horreur en moins d’une page. Si ça ne s’appelle pas avoir du talent…

Parsemer le texte de points d’exclamation

 

Au milieu d’une phrase, à la fin d’une citation, en version double… Bref, en abuser pour se donner un genre « intello en colère ».

Faire au moins une référence à « la main de l’étranger »

La fameuse « bande des cinq ».

Citer des figures appréciées

Pour donner l’impression d’avoir un minimum bûcher.

Saupoudrer de psychologie de bon marché

Enfin, ne pas oublier les superlatifs

 

Yasmina Khadra et Kamel Daoud répondent

Tout au long de ces 90 pages, Rachid Boudjedra fustige, vilipende, calomnie sans limite. Écrivains, réalisateurs, directeurs d’établissement culturel etc. Personne ne trouve grâce à ses yeux.

Au lieu d’inviter à une réflexion collective sur le rapport de notre élite à notre passé et à l’ex-colonisateur, Rachid Boudjedra n’élève pas son discours plus haut que des attaques personnelles – voire mesquines.

Résultat, il vient de s’attirer les foudres d’une partie de ses fidèles lecteurs et de plusieurs intellectuels sur lesquels il a tiré à boulets. Le premier à lui avoir répondu, c’est Yasmina Khadra qui s’est fendu d’une lettre publiée sur son compte Facebook. Dans ce courrier rendu publique le 8 octobre dernier, l’auteur de « Ce que le jour doit à la nuit » rétorque :

Tu me traites de bougnoule de service ? Sache que suis boycotté par l’ensemble des institutions littéraires de France depuis 2008. Tu contestes mon algérianité ? Je te rappelle que lorsque tu te terrais à Paris, durant la décennie noire, je menais une guerre atroce dans les maquis terroristes. Sans mes compagnons de combat et mes milliers de morts, jamais tu n’aurais remis les pieds en Algérie.

Et de tacler, un peu plus loin :

Au lieu de passer ton temps à traîner dans la boue les étoiles du ciel, Rachid, tâche de soigner tes textes. Notre pays a trop souffert des jalousies crétines et des anathèmes. Nos enfants attendent de voir en leurs génies les aurores boréales qui manquent à leur horizon.

Le lendemain, c’est Kamel Daoud, accusé par Rachid Boudjedra d’avoir appartenu au GIA, de se défendre :

Durant les années du GIA, j’étais journaliste, exerçant ce métier qui a payé de ses martyrs sa vocation. Je n’avais pas un couteau, mais un stylo.

L’auteur de « Zabor ou les psaumes » a décidé de poursuivre en justice Rachid Boudjedra et la maison d’édition pour diffamation. La polémique, qui fera donc des vagues jusqu’aux tribunaux, n’est pas prête de s’estomper.

Zina Driss

Vous aimerez sans doute

Laisser un commentaire

*

En continuant à utiliser le site, vous acceptez l’utilisation des cookies. Plus d’informations

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer