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Vidéo. “Je fais ce que je veux de mes cheveux”

Vidéo. “Je fais ce que je veux de mes cheveux”
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“Tout sauf mes cheveux bouclés ou frisés” est le credo de nombreuses Algériennes en matière de beauté. Mais pourquoi très peu d’entre nous portent leurs cheveux au naturel ou assument leur volume ? Pourquoi autant d’Algériennes ont recours à des produits pour les lisser durablement ? Inty s’est posée la question.

Négligée

Tignasse, kechrouda, Cha3touta… Les Algériennes, qui se promènent dans la rue en arborant des cheveux bouclés, essuient constamment des remarques vexantes sur leur coiffure. De la part des hommes mais aussi – ce qui peut paraître plus surprenant – de la part de leurs congénères. En Algérie, lorsque le cheveu n’est pas lisse naturellement ou n’est pas domestiqué par des artifices (bigoudis, fers à lisser, kératine etc.), il est immédiatement rangé du côté du laid.

Les cheveux bouclés ou frisés sont également synonymes de négligence. Une fille, qui accepte la nature de ses cheveux, est perçue comme peu féminine, voire comme une personne qui prend peu soin d’elle. Et pour entrer dans les canons de beauté de la société algérienne, certaines vont jusqu’à investir des sommes importantes. Produits, brushing, sèche-cheveux, fer à lisser, brosses… Elles sont nombreuses à dépenser chaque mois plusieurs milliers de dinars pour camoufler leurs boucles, leurs ondulations ou leur volume. Quitte parfois à nuire à la nature de leur cheveux. Certains produits lissants peuvent agresser la chevelure au point de l’appauvrir, de la fragiliser voire de provoquer des chutes de cheveux.

D’où vient ce désamour des cheveux bouclés et frisés ? Pourquoi la majorité des Algériennes est persuadée que pour être belle elles doivent nécessairement tirer leur cheveux ? Inty a demandé à plusieurs blogueuses algériennes leur avis sur le diktat du lissage :

Enjeu identitaire

La question n’est pas anodine et ne touche pas seulement les Algériennes. Un mouvement à l’échelle du continent africain et au sein des diasporas africaines et maghrébines est en train de gagner de l’ampleur depuis quelques années. Celles qui militent pour le retour au naturel estiment que la question du brushing relève d’un enjeu identitaire et renvoie à un rapport de domination. Ainsi, pour “Nappy” – contraction de “Natural” et “Happy” -, un mouvement qui a d’abord touché les diasporas africaines en Europe avant de gagner une audience en Afrique – le défrisage et le lissage participent d’un déni identitaire. Les femmes, qui n’assument pas leurs cheveux naturels, seraient victimes d’un néocolonialisme. Un colonialisme culturel cette fois.

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Plusieurs femmes interrogées dans les rues d’Alger sont de cet avis. Les personnes interviewées pointent elles aussi du doigt un complexe que les Algériennes et leurs voisines nourrissent vis-à-vis des standards de beauté étranger. Un complexe alimenté par un matraquage médiatique qui impose la norme esthétique occidentale, associant le beau aux cheveux lisses avec un brushing impeccable. Comme si on ne pouvait pas être belle autrement.

La prise de conscience est réelle. Plusieurs auteures, journalistes et sociologues en Afrique se sont emparés du sujet ces dernières années. Dernier ouvrage en date : Afro ! de Rokhaya Diallo, figure de l’anti-racisme en France. La chroniqueuse de 36 ans, qui porte ses cheveux crépus depuis une dizaine d’années, a interrogé une centaine de Parisiennes d’origine africaine et maghrébine sur leur chevelure. Elle a expliqué chez nos consœurs de Madame Figaro : “Avec ce livre, je voulais donner la parole à celles et ceux qui ont choisi de garder leur chevelure naturelle et comprendre le processus qui les a poussés à prendre cette décision”.

Les lignes évoluent aussi sur le web où des tutoriels vidéo sur les cheveux bouclés, frisés et crépus irriguent enfin la toile. Des Youtubeuses africaines, ambassadrices du mouvement “Nappy”, montrent comment il est possible de s’occuper de ses cheveux et de réaliser des coiffures sophistiquées.

Pour aller plus loin : Tendance No Make-Up : Ce qu’en pensent les Algériennes

Malgré un succès en librairie et sur le web, le mouvement “Nappy” reste confiné. Les coupes afro sont encore marginalisées par les magazines de mode et salons de coiffure occidentaux. En Algérie, le naturel est loin d’avoir repris ses droits. Peu de blogueuses algériennes revendiquent le droit de porter leurs cheveux bouclés sans être méprisées.

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1 Commentaire

  • Mimi 2 octobre 2016 21 h 22 min

    Merci d’avoir abordé le sujet ! Je suis Française d’origine algérienne et j’ai les cheveux frisés. Je les porte au naturel 98% du temps et j’assume mes boucles (enfin, pas tous les jours). Récemment on m’a soutenu que je ressemblais à une Marocaine… Forcément à cause de mes cheveux, alors que j’ai la peau claire et à part mes cheveux je ne suis pas très “typée”. Le mythe que toutes les Algériennes ont les cheveux raides — pff, parce que la plupart les lissent ! Et cette remarque venait d’une fille qui avait des cheveux défrisés et avec pour le coup un physique de Marocaine.

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