Tanina Cheriet, dans les pas de son papa, Idir

Tanina Cheriet, dans les pas de son papa, Idir

Tanina Cheriet accompagne son père, Idir, sur scène depuis une dizaine d’années. A 28 ans, cette artiste franco-algérienne, touche-à-tout, rêve de mener une carrière en solo. Portrait.

La coupole, en ébullition, trépignait d’impatience. 39 ans d’absence tout de même ! Le 4 janvier dernier, Alger retrouvait son Idir… et découvrait sa fille. Habillée d’une robe traditionnelle kabyle sur laquelle tombent en cascade ses boucles brunes, Tanina Cheriet a revisité seule a cappella “Uffigh Doro”, un chant kabyle vieux de plus de 200 ans et scandé par des femmes seulement. Une prestation en finesse, saluée par un tonnerre d’applaudissements.

« J’étais très émue sur scène de pouvoir l’interpréter, et surtout de voir la réaction du public », confie la jeune femme de 28 ans, encore marquée par sa rencontre avec le public algérois. Un moment qu’elle appréhendait beaucoup. « Je ne voulais pas décevoir mon pays d’origine. Je suis repartie le cœur plein et avec beaucoup de nostalgie, car le public algérien est merveilleux », dit-elle.

Tanina Cheriet chante comme un rossignol depuis qu’elle a 3 ans. Un héritage du patriarche ? Pas vraiment. « J’ai grandi avec ma mère, j’ai donc découvert l’univers musical de mon père assez tard », raconte-t-elle. C’est d’ailleurs sa mère qui l’initie au piano. Elle se passionne très vite pour le musicien Yann Tiersen et ses mélodies sans voix.

« Lettre à ma fille », une déclaration d’amour

18 ans, l’âge de la maturité. Et du rapprochement musical pour le père et la fille. Idir, qui détecte le don de sa fille, lui propose un duo : lui au micro, elle au piano. « C’est en voyant mes compositions qu’il m’a proposée de participer à « Lettre à ma fille ». C’est notre première collaboration. On a appris à mieux se connaître grâce à ça », sourit Tania.

« Lettre à ma fille », dont les paroles sont signées par le slameur français Grand Corps Malade, est une déclaration d’amour empreinte de pudeur. Dans ce témoignage, un père de confession musulmane s’interroge sur l’éducation qu’il donne à son enfant, chargée d’interdits et de tabous.

Dans l’intimité, la famille Cheriet brise la pudeur. « Cette chanson est très symbolique pour nous car on a toujours discuté longuement et passionnément dans sa chambre jusqu’à plus d’heure sur divers sujets. » Parmi eux : l’injustice, la fermeture d’esprit et la liberté individuelle. « Cette chanson nous a énormément unis sur ce point. Je me sentais honorée et privilégiée de pouvoir vivre ça avec lui », s’enthousiasme-t-elle.

« Lettre à ma fille » marque le début de leur collaboration. S’en suivent « Sans ma fille », sur un texte de Michel Joudan, et « Musique du sud », écrite à quatre mains par Idir et Tanina. « Depuis maintenant trois albums à ses côtés j’ai énormément appris », dit elle.

La fille suit alors le père partout, sur les plateaux de télévision, en tournée. L’Olympia, le Zénith, le Grand Rex… autant de salles gigantesques. A ses côtés, elle croise la route d’artistes de renommée internationales. Elle se souvient de l’une de ses rencontres. C’était en 2015. Le père et la fille donnent un concert à l’Alhmabra, une salle à Paris, lorsque Aït Menguellet, invité par Idir, monte sur scène. La surprise est totale pour Tanina. « C’était stressant de découvrir que j’allais devoir chanter devant ce monument de la musique. Mais il m’a tellement mise en confiance que le stresse s’est vite dissipé et j’étais honorée de pouvoir vivre ça ».

Plus que la « fille d’Idir »

Bien qu’elle accompagne son père sur scène depuis une dizaine d’années, Tanina Cheriet ne se considère par comme la relève du chanteur kabyle. Citadine et cosmopolite, la jeune femme n’a eu la même enfance que son père. Elle n’a pas vécu le folklore qu’Idir dépeint dans ses chansons. « Je m’en imprègne énormément, mais ce n’est pas comparable », admet-elle.

Autre différence entre les deux : la musique n’est pas son seul horizon. Tanina Cheriet est une artiste gourmande, touche-à-tout. Elle voue une passion sans nom pour le cinéma. Elle s’imagine passer derrière la caméra. « J’ai écrit quelques courts-métrages et j’aimerai beaucoup les tourner », lance-t-elle. Tania aime également s’exprimer en dansant.

Cette graine d’artiste va bientôt combiner danse et musique. « J’ai un projet de comédie musicale en tant que chanteuse. Je vais la jouer cette année à Abidjan en Côte d’Ivoire », se réjouit-elle. La jeune femme d’origine kabyle fait en effet partie de la troupe d’une dizaines d’artistes qui se produira dans « Dernière nuit », une comédie musicale orientale.

Après son séjour en Côte d’Ivoire, Tanina Cheriet n’a qu’une seule hâte : « Revenir chanter dans mon pays d’origine. » Et peut-être sans papa…

S.S.B

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