On a testé. Le cinéma-débat pendant le ramadan

On a testé. Le cinéma-débat pendant le ramadan

Durant le ramadan plusieurs projections-débat ont lieu à Alger. L’idée est de profiter des sahrates ramadanesques pour s’intéresser à des problématiques universelles. Mardi soir, Amnesty International prêtait ses locaux à l’association l’Etoile du sud pour parler de « recyclage et de modèles écologistes en Algérie ». Inty y a envoyé l’une de ses rédactrices. 

Quoi de mieux que de parler protection de l’environnement durant le ramadan ? Je me dis que c’est l’occasion de repenser mon mode de consommation durant ce mois où l’on est censé apprendre à moins gaspiller, à ceux qui n’ont pas les mêmes ressources que nous. Et un peu de réflexion au lieu de me prélasser dans une kheima ne me fera pas de mal. J’avoue qu’au départ je suis sceptique, j’ai peur d’être perdue dans ce débat. L’écologie ça me parle grosso modo, mais je n’en suis pas spécialiste. Et puis je me dis qu’en Algérie il ne doit pas exister grand chose dans ce domaine, les initiatives de ce genre ne doivent absolument pas intéresser les Algériens.

Je débarque au siège d’Amnesty International, situé au 70 rue Didouche Mourad à Alger centre. Pour y arriver je dois dépasser les terrasses déjà bondées de jeûneurs soulagés après le ftour, un verre de thé ou de café à la main, une cigarette dans l’autre. Je croise une dizaine de vendeurs à la sauvette qui tentent de me vendre tout et n’importe quoi, qalb elouz, parfum, bijoux, lunettes ou encore chaussures. A l’approche de l’Aïd el Fitr, l’Algérie veut consommer à outrance.

Au programme deux documentaires. Le premier est Azar, un reportage tourné il y a deux ans par Nejma et Mehdi Rondeleux, deux franco-algériens passionnés d’initiatives écologiques et surtout d’Algérie. Le second est un court métrage brésilien intitulé : L’Île aux Fleurs qui date de 1989. Les deux projections visent à nous faire comprendre comment une initiative écologique peut prendre ou à l’inverse ne pas prendre.

La soirée commence par une note optimiste. Nejma Rondeleux présente elle-même son Azar. Le documentaire raconte l’histoire de trois personnages algériens qui ont décidé de s’impliquer dans la protection de l’environnement. On y croise une artisane à Tizi-Ouzou. Elle crée des bijoux kabyles avec des noyaux d’olives pour protéger le corail en voie de disparition. Un Algérien originaire d’El Oued. Il lutte pour la préservation des palmeraies traditionnelles. Enfin nous sommes invités à manger bio dans la zaouia Alaouia de Mostaganem. On y découvre des Algériens touchants et engagés. Victime de mes propres clichés, je m’étonne de rencontrer de telles personnes.

AZAR – L’Algérie s’enracine [INTEGRAL] from Mehdi Rondeleux on Vimeo.

La soirée s’enchaîne sur une note plus grave. L’Île aux fleursun document plus vieux, tente de nous expliquer la logique de consommation mondiale. Une logique absurde, édifiante, gérée uniquement par de l’argent et handicapant finalement le consommateur le plus pauvre. Le court-métrage avec un ton décalé raconte avec des explications scientifiques et froides comment les aliments voyagent, comment l’argent décide de ce que nous mangeons, comment nous le mangeons et comment finalement nous le jetons. Le film n’a pas pris une ride et prend encore tout son sens en 2016.

A l’issue de la projection, le débat est lancé par Nejma Rondeleux. Très vite les mains se lèvent pour réagir. Mais des réactions on passe très vite à des conseils, à des échanges d’astuces. On donne des noms d’associations, d’intiatives. R20, Collectif Torba… Une jeune femme se met même à nous expliquer comment faire notre propre compost, comment recycler nos déchets sans attendre que l’Etat algérien prenne l’initiative. Et dans la salle tout le monde écoute religieusement les conseils des uns et des autres. Un débat calme et dans la bonne humeur… ça existe !

Bref, je ressors rassurée et admirative de ce public impliqué dans sa ville et dans son pays. Soucieux de préserver son patrimoine et prêt à s’engager, même seul, dans ce mode de vie. Je suis aussi très motivée à assister à de nouvelles projections, à discuter, à comprendre et apprendre de mes concitoyens.

La prochaine projection sera organisée par Amnesty International le 30 juin. Tous les les jeudis une rencontre sur le thème des droits humains a lieu. Jeudi prochain on parlera de liberté d’expression avec la venue de caricaturistes algériens. Parler liberté en riant, le rendez-vous est noté dans mon agenda.

Amina Boumazza

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