Journal d’une (céli)battante : Statut amoureux indéfini

Journal d’une (céli)battante : Statut amoureux indéfini

Le journal d’une (céli)battante est une série produite par Inty. Elle raconte les tribulations de Kenza, une Algérienne de 30 ans, qui cherche l’amour envers et contre tous.

Dans ce feuilleton se mêlent fiction et réalité. Inty a créé le personnage de Kenza. En revanche, ces histoires sont basées sur des faits réels, inspirés de la vie de plusieurs Algériennes qui ont accepté de se confier.

Saison II Episode 6 :

Je n’ai pas grandi en jouant dans un jardin. En fait, je ne sais pas ce que c’est que de vivre dans une maison. Mes parents, le reste de ma famille, mes amis… On est tous abonné aux appartements. Les plus chanceux d’entre nous ont droit à une ascenseur qui fonctionne encore. Pour ma part, je suffoque dans la cage d’escaliers à chaque fois que je dois grimper jusqu’au 7è étage. Faten est dans la même galère, elle vit juste au-dessus de chez nous.

Mais depuis que je fréquente Amine, j’ai troqué les quartiers populaires et leurs affreuses barres qui sortent de terre comme des verrues dans la ville pour un monde où je n’avais jamais mis les pieds. J’en avais vaguement entendu parler, comme une légende urbaine.

Aujourd’hui, je peux en témoigner, les beaux quartiers existent vraiment dans ma ville. Les routes y sont impeccables, pas d’aspérités, pas de voitures garées en double file. C’est un alignement de résidences surveillées, retranchées derrière des clôtures hautes.

Le contraste entre ces deux univers me frappe à chaque fois que je pénètre dans le quartier où réside Amine. Et oui, on ne s’habitue pas rapidement au train de vie opulent.

La première fois que je suis venue chez lui, c’était seulement deux semaines après notre premier baiser. Je m’en souviens très bien car le lendemain il était parti en Tunisie pour rencontrer un client. En fait, il avait fait plus que partir. Il s’était évaporé pendant ces deux semaines-là. Pas un message, pas une pensée, rien. J’étais vexée et autant dire que j’appréhendais nos retrouvailles.

Cher journal, tu dois te demander dans quelle circonstance Amine et moi avons franchi le pas. C’était un soir d’été quelques jours après l’anniversaire du copain de Zouzou. On s’est retrouvé une partie de la bande à un dîner dans un restaurant chic. A la fin de la soirée, Amine m’a proposé de me raccompagner à la maison. Je n’ai pas été emballée par l’idée de me retrouver seule avec lui. Je ne voulais pas non plus qu’il sache où je vis exactement. A ce moment-là, il y avait encore cette voix au fond de moi qui me hurlait de le fuir comme la peste. Mais, avec l’insistance de Zouzou et la sienne, j’ai cédé et je me suis installée dans sa voiture. Il m’a dit qu’il devait faire un crochet à son bureau pour récupérer des documents importants avant son départ pour Tunis. Je lui ai répondu que ça ne me dérangeait pas et on a ainsi pris la direction de son duplex dans le nouveau quartier d’affaires, un vaste chantier.

Son bureau offre une vue imprenable sur toute la ville. « N’est-ce pas un peu beaucoup pour un entrepreneur qui se lance ? », lui demande-je. « Il ne faut pas avoir peur d’aller vite parfois », m’a-t-il répondu avec un regard malicieux. Quelques minutes après, sans trop savoir comment on en est arrivé là, il a tendu sa main vers ma nuque, l’a caressée et, avec beaucoup d’assurance, a avancé mes lèvres vers les siennes. Je ne lui ai opposé aucune résistance. On s’est ainsi embrassé pour la première fois, en toile de fond les lumières de la ville et le bruit lointain de la circulation nocturne. Il m’a offert un baiser long mais pudique. Peut-être n’a-t-il pas voulu m’effrayer en allant plus loin ? A vrai dire, je ne sais pas comment j’aurais réagi s’il avait osé aller plus loin. On a quitté son bureau, sa main autour de ma taille. Ce geste semblait si naturel à ce moment-là.

Lorsque je suis rentrée chez moi, j’ai rembobiné plusieurs fois la scène et ce pendant des jours durant. Avec la tête remplie de questions sans réponse : pourquoi me suis-je laisser faire ? S’il retentait quelque chose, le laisserai-je faire à nouveau ? Ai-je des sentiments pour cet homme ? En a-t-il pour moi ? Est-il amoureux ? Suis-je toujours célibataire ? Sommes nous en couple ?

Je n’ai rien raconté à personne sur ce baiser et je suis restée piéger dans ma réflexion jusqu’à nos retrouvailles. Le plus difficile, tout ce temps-là, était pour moi de m’avouer que j’avais apprécié ce baiser et que je ne détestais plus Amine. Mais, une chose était sûre, je ne lui faisais pas encore confiance. Et sa « disparition » en Tunisie n’arrangeait pas les choses.

Les retrouvailles ont eu lieu dans sa villa, une charmante maison en pierre dotée d’une piscine rectangulaire. C’est autour du bassin et dans les effluves de grillades qu’on s’est retrouvé. Il avait l’air si détendu que j’en étais jalouse. Il m’a claqué la bise comme une vieille amie, il a plaisanté et charrié tout le monde avec une décontraction déconcertante. J’ai commencé à me renfermer, à ruminer, à lui en vouloir. Je détestais à nouveau cet homme, imbus de sa personne, et je me détestais aussi de lui avoir cédé aussi vite, de lui avoir accordé un baiser tout simplement. Il a dû le sentir et, comme pour me reconquérir, il s’est approché de moi. Sans que personne ne s’en aperçoive, il m’a glissé quelques mots doux à l’oreille. Ces mots ont d’abord écorché mes oreilles, ils sonnaient comme un affront.

Mais si Amine maîtrise un domaine c’est bien celui de la séduction par les mots. Il a passé le reste de l’après-midi à me tourner autour comme un vautour me soufflant à l’oreille ce qu’on me dit rarement : « que j’étais ravissante », « que j’étais la plus jolie fille du groupe », « que j’étais intéressante »… Il a fini par me dire que je lui avais manqué.

« C’est une plaisanterie ? »

« Bien sûr que non, j’ai pensé à toi chaque jour en Tunisie ».

« Généralement, lorsqu’on pense aux gens on les contacte », lui ai-je fait remarquer.

« Pas forcément. »

Sa réponse m’a déstabilisée. Comment pouvait-il assumer à ce point ce comportement ? Il m’a invitée à le joindre dans sa cuisine. Par curiosité, je l’ai suivi.

Sur le plan de travail, j’ai tout de suite remarquer une boîte de chocolats en forme de cœur. « C’est pour toi », m’a-t-il lancé, d’un ton charmeur.

Cher journal, qu’est-ce que je donnerais pour que tu puisses voir la grimace qui s’est dessinée sur mon visage à cet instant-là. J’étais partagée entre l’envie de l’étranger et celle d’éclater de rires.

 

Précédemment :

Saison II Episode 1 : “Petits plaisirs d’une recluse”

Saison II Episode 2 : “Je suis célibataire pas malade”

Saison II Episode 3 : « Que du bonheur ! »

Saison II Episode 4 : « Les dé-rencontreurs »

Saison II Episode 5 : « Prémices »

Clique ici pour (re)lire l’intégrale de la saison I

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