Journal d’une (céli)battante : Mon intime alliée

Journal d’une (céli)battante : Mon intime alliée

Les tribulations de Kenza, une Algérienne de 30 ans, qui cherche l’amour envers et contre tous.

Précédemment : “Sa main sur mon épaule”

Chaque après-midi, la même peur me gagne. Je guette par la porte si Samira, notre secrétaire médicale, est encore là, un œil sur l’horloge fixée au mur de mon bureau, l’autre sur ma montre. L’heure est devenue une obsession. Plus les aiguilles avancent, plus mon cœur bat la chamade.

Samira ne le sait pas, mais j’ai fait d’elle mon intime alliée. Mon garde du corps, mon rempart contre ses avances. Nous n’avons jamais été très proches elle et moi mais depuis que M. Kosbough a changé d’attitude envers moi, un lien très fort m’unit à mon alliée. J’ai même l’impression que ma vie dépend d’elle aujourd’hui. Si elle quitte le cabinet en me laissant derrière elle, je suis foutue.

Mutisme

Je n’ai rien dit. A personne. Je ne me sens pas capable d’évoquer ce qui s’est passé au cabinet l’autrefois. Je ne sais même pas quel mot choisir pour appeler ça. Un geste déplacé ? Une agression ? Du harcèlement ?

De toute façon, la gêne est trop forte, elle me tétanise et me rend muette. Je voudrais la surmonter et dénoncer ce que je subis mais je n’y arrive peur. J’ai peur de la pitié des uns ou des insinuations des autres, qui me diraient “qu’il n’y a pas de fumée sans feu”. J’ai beau avoir retrouvé mes amies, ma cousine est là aussi pour me soutenir, mais face à M. Kosbough je suis seule. Cet homme, aujourd’hui, je le hais autant que j’ai pu l’admirer.

Sauve-moi

Alors à chaque fois qu’on s’approche de 17h, l’heure à laquelle Samira repose sa blouse blanche sur le porte-manteau, prend son sac et lance à travers la salle d’attente “bonne soirée tout le monde”, je prie Dieu qu’au patient n’entre et ne me laisse à la merci de M. Kosbough.

Mais hier un jeune homme a sonné à la porte alors que Samira était en train de défaire les boutons de sa blouse blanche. Il est entré avec un mouchoir trempé de sang, coincé dans la mâchoire. C’était une urgence. A ce moment-là, je me suis sentie déchirée entre mon devoir de médecin et ma peur. J’ai prêté serment pour soigner tout individu, peu importe son âge, son sexe, son origine. Mais de là à me sacrifier ?

Désespérée, j’ai foncé sur Samira pour l’implorer de rester quelques minutes de plus le temps que je prenne soin du jeune inconnu. Au début, elle me regardait avec de grands yeux, étonnée par mon insistance. Et puis elle a vu la panique dans mes yeux, elle a senti les tremblements qui me parcouraient. Alors elle s’est assise à l’entrée de mon bureau et elle m’a regardée tout du long le soigner. Elle m’a offert un regard compatissant quand j’ai levé les yeux sur elle. J’ai su, à cet instant, qu’elle savait ce à quoi je faisais face…

Récapitulatif :

épisode 1 « Khotba annulée »

épisode 2 « Coincée aux chiottes »

épisode 3 « Bande de filles »

épisode 4 « 47 appels »

épisode 5 « Celui qui s’invite de partout »

épisode 6 « Ménage de printemps »

épisode 7 « Proposition indécente »

épisode 8 « Crêpage de Chignon« 

épisode 9 « Un moment d’égarement #1 »

épisode 10 « Un moment d’égarement #2« 

épisode 11 « Je voulais juste acheter des chaussures »

épisode 12 “Celle qui n’étais plus témoin

*Le journal de la (céli)battante est un feuilleton où se mêlent fiction et réalité. Inty a créé le personnage de Kenza. En revanche, ces histoires sont basées sur des faits réels, inspirés de la vie de plusieurs Algériennes qui ont accepté de se confier.

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