Journal d’une (céli)battante : Celle qui n’était plus témoin

Journal d’une (céli)battante : Celle qui n’était plus témoin

Les tribulations de Kenza, une Algérienne de 30 ans, qui cherche l’amour envers et contre tous.

Précédemment : Je voulais juste acheter des chaussures

Le mariage de Asma a lieu dans deux semaines et je n’ai toujours pas reçu de faire-part. Ni de coup de fil, ni de petit message sur Facebook, rien, pas le moindre signe. Il est vrai qu’on ne s’est pas adressé la parole depuis l’incident au salon de coiffure. Jusque-là j’avais été son témoin, un témoin exemplaire il faut dire. Mais sans nouvelle d’elle depuis des semaines, j’ai fini par comprendre qu’elle m’avait limogée de mon poste. Delà à me rayer de sa vie ?

Les copines essayaient tant bien que mal de me rassurer. « Mais non pas du tout tu te fais des films ». « Oui elle m’a déjà remis mon faire-part en main propre, attend encore un, tu seras forcément invitée ». « Certes généralement on prévient ses invités en avance mais ça ne veut pas dire que tu ne seras pas invitée ».

Pour me réconforter, Faten et Zouzou ont décidé d’organiser une soirée pyjama à la maison. C’est tout un rituel dans notre bande : Zouzou ramène des dvd, Faten des petites douceurs – cacahuète, noix de cajou, chips etc. – et, d’habitude, Asma venait avec ses trousses à maquillage. Mais cette fois, elle n’est pas venue. « Elle est au Sud ». « Ne te donne pas la peine de mentir Faten, je sais qu’elle est ici et qu’elle s’occupe du mariage », lui répondis-je en faisant la moue.

A la place de Asma – même si Asma est irremplaçable -, ma cousine Kaouther. Elle rentre d’une année passée à New York. Broadway, Manhattan, Brooklyn… Cette ville me fait rêver. J’ai vu tellement de films qui avaient pour décor New York, ma cousine m’a bombardé de tellement de photos durant son séjour et j’aime tellement regarder la série « Friends » que c’est comme si un peu de moi avait vécu là-bas. J’ai essayé de la convaincre d’y rester, je rêvais secrètement d’y aller pour mon voyage de noces avec « l’autre ».

Mais Kaouther a pété une durite, le rêve américain s’est transformé en cauchemar pour elle. Après des études en marketing à Paris, à l’université Dauphine ou un truc dans le genre, elle a décroché un poste très prestigieux dans une banque américaine, Goldman quelque chose. Elle avait droit à un train de vie digne d’une célébrité – ou de la chichi algérienne : un chauffeur, un appartement de fonction, ses voyages personnels en France payés et un salaire à plusieurs zéros. L’offre était alléchante sur le papier mais en réalité ce n’était pas une vie que ces hommes à costard lui offraient. En l’espace de quelques mois, ma cousine avait perdu une vingtaine de kilos et gagné des cheveux blancs… à 24 ans ! En plus d’avoir perdu son appétit, elle avait perdu le goût à la vie. Ses dollars ne la comblaient pas, ses journées à spéculer non plus. Après onze mois de souffrance, elle a démissionné de son poste et réservé un billet pour l’Algérie. « Il fallait que je me ressource au bled, que je retrouve mes valeurs, qui je suis vraiment ».

Depuis on s’aide mutuellement à redevenir « celle qu’on est vraiment ». La soirée pyjama m’a fait un bien fou, ça faisait si longtemps que je n’avais pas ri autant. Avec les filles, on s’est retrouvé et Kaouther s’est bien intégré à notre bande.

Elles dormaient toutes les trois sur mon lit et moi, en dessous, sur un lit aménagé quand la sonnerie de téléphone m’a réveillé en pleine nuit. Un coup d’œil à « Messenger ». C’était Asma : « Tu fais quoi le 12 ? ».

Récapitulatif :

épisode 1 « Khotba annulée »

épisode 2 « Coincée aux chiottes »

épisode 3 « Bande de filles »

épisode 4 « 47 appels »

épisode 5 « Celui qui s’invite de partout »

épisode 6 « Ménage de printemps »

épisode 7 « Proposition indécente »

épisode 8 Crêpage de Chignon

épisode 9 « Un moment d’égarement #1 »

épisode 10 “Un moment d’égarement #2”

*Le journal de la (céli)battante est un feuilleton où se mêlent fiction et réalité. Inty a créé le personnage de Kenza. En revanche, ces histoires sont basées sur des faits réels, inspirés de la vie de plusieurs Algériennes qui ont accepté de se confier.

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