Journal d’une (céli)battante : Asma se marie #1

Journal d’une (céli)battante : Asma se marie #1

Les tribulations de Kenza, une Algérienne de 30 ans, qui cherche l’amour envers et contre tous.

Précédemment : La fille de la « putain »

Elle est sortie de la maison de ses parents sous le tintamarre des pétards, mêlés aux cris stridents des enfants et aux rires des adolescents. A chaque coin de rue, que le long cortège nuptial a traversé, des explosions de joies. Coïncidence de l’agenda, Asma s’est marié le jour du Mouloud. Toute la ville semblait ainsi être heureuse pour elle et célébrer cet événement : l’entrée d’Asma dans le « monde des grands ».

Sa dernière nuit de célibataire

Je n’oublierai aucun des instants passés la veille du mariage dans l’intimité de la chambre d’Asma. Ces moments auront pour l’éternité le goût doux amer d’un adieu. Nous le savions toutes et Asma la première, en se mariant, elle ne pourrait plus conserver la même place dans notre bande de filles. La3rossa allait devenir une femme.

Alors, nous avons profité avec gourmandise de cette dernière soirée. On a tout déterré : les fous rires, les souvenirs gênants, les expériences cruelles qui avec le temps provoquent des éclats de rires, les photos où nous n’étions pas à notre avantage, celles où nous nous prenions pour les plus belles du monde. A tour de rôle, la nostalgie nous montait les larmes aux yeux mais nous prenions bien soin de les étouffer dans un sourire pour ne pas gâcher ces dernières retrouvailles.

Ce soir-là, nous avons aidé Asma à boucler ses valises. Et ce n’est pas une mince affaire car dans le genre fana de shopping Asma est une reine ! Sur le lit, il restait encore une montagne de fringues. « Non, ça c’est cadeau ! », dit-elle dans un clin d’œil. Elle s’est alors mise à distribuer ses vêtements comme d’autres se lancent dans une bataille de polochon. T-shirts décolletés, robes cintrées, vestes tailleur… volaient à travers la pièce.

« Je démissionne »

Au début, nous étions aux anges à l’idée de récupérer la garde-robe d’Asma. Et puis, Zouzou a fini par lui demander : « Pourquoi tu te débarrasses de tes vêtements préférés ? » Et en agitant une robe rouge : « Tu as toujours dit que c’était ton arme fatale pour tes réunions professionnelles au siège ». Sereine, Asma répond : « Je ne vais plus en avoir besoin, tu peux la prendre ».

Un silence dérangeant s’est ensuite installé dans la pièce. Asma reprend la parole : « J’ai démissionné ». Le silence se double alors d’une même mine déconfite sur nos visages. « Ne soyez pas étonnées. C’est logique. Je ne vais pas me marier et passer la moitié de l’année seule dans le sud loin de mon mari ».

« Mais vous pourriez vivre une relation à distance, beaucoup de couples y arrivent », tente Zouzou.

« Oui, c’est vrai, certains de mes collègues vivent seuls dans la base. Mais ce sont des hommes », rétorque Asma.

« Et qu’est-ce que ça change ? Tu vas quand même pas devenir femme au foyer ? », s’emporte Faten, visiblement agacée par la décision d’Asma et le fait qu’elle nous l’ait cachée.

« Rassurez-vous, on ne va pas avoir de problème d’argent. Karim est architecte et il gagne bien sa vie. Il se pourrait même qu’il décroche un poste à Dubaï », s’enthousiasme Asma.

Kaouther, ma cousine immigrée, se mêle alors à la conversation : « Et pourquoi c’est à toi de te sacrifier ? Pourquoi toujours à la femme ? »

Pour éviter que cela ne dérape en débat féministe et perturbe la soirée, je l’interromps : « Ce n’est pas par rapport à l’argent qu’on s’inquiète. Mais tu adores ton job, tu es une femme hyper active, tu risque de t’ennuyer à la maison ».

« Les filles, il n’y a pas de quoi s’inquiéter pour moi, je ne suis pas malade, je vais me marier ! Il n’y a pas que le travail dans la vie, je ressens maintenant l’envie de fonder une famille », dit Asma dans une tentative d’apaisement. Et elle a repris la distribution de vêtements.

Mariage mixte

Après une demi-heure de vadrouille et de klaxons à travers la ville en fête, le cortège s’est arrêté devant l’hôtel le plus chic. La salle était joliment décorée, rien de trop chargé, en dehors de l’estrade sur laquelle deux sièges aux gros coussins blancs trônaient impérieusement et dominaient toute la pièce. Il devait y avoir environ 300 invités, des hommes et des femmes assis côte à côte.

Dans notre tradition, il est impensable de réunir les hommes et les femmes pendant un mariage. La mère d’Asma s’y était fermement opposé. Mais, comme la tradition veut aussi que ce soit à la famille de l’homme d’organiser le mariage, ils ont fini par avoir le dernier mot. On allait ainsi découvrir les joies du mariage mixte. Et ses désagréments aussi !

On s’est assise à la table des jeunes filles célibataires, installée au fond de la salle. Au tour de la table, il y avait la bande de filles habituelle, Kaouther et des cousines d’Asma. On rigolait en se disant que nous étions en quelque sorte les « proies » de la soirée et c’est pourquoi on nous avait placé là.

Le vœu de ma mère

De ma chaise, je voyais ma mère se retournait régulièrement vers moi pour me rappeler les règles du jeu. Les jours précédents le mariage, elle n’avait eu de cesse de me répéter qu’il fallait que je me fasse remarquer discrètement par une future belle-mère. Pour elle, mon avenir se jouait ce soir-là car toute la haute classe allait être réunie. C’était mon ultime chance de trouver un fils de bonne famille. C’était l’éclipse solaire qui allait me faire passer de l’ombre à la lumière.

Sauf que moi, je n’ai aucune envie en ce moment de me vendre sur le marché des célibataires. Pas même s’il s’agit d’amadouer une famille fortunée. Je sors d’une année catastrophique, marquée par une rupture avec un égocentrique-menteur-manipulateur, des disputes amicales, un harcèlement au travail qui m’a conduit au chômage.

Bref, ce soir, je ne veux pas miser sur mon avenir mais m’amuser et danser pour mon amie. Avec Faten, on a mis nos soucis au vestiaire et, main dans la main, on s’est avancé dignement vers la piste de danse…

Récapitulatif :

épisode 1 « Khotba annulée »

épisode 2 « Coincée aux chiottes »

épisode 3 « Bande de filles »

épisode 4 « 47 appels »

épisode 5 « Celui qui s’invite de partout »

épisode 6 « Ménage de printemps »

épisode 7 « Proposition indécente »

épisode 8 « Crêpage de Chignon » 

épisode 9 « Un moment d’égarement #1 »

épisode 10 « Un moment d’égarement #2 » 

épisode 11 « Je voulais juste acheter des chaussures »

épisode 12 « Celle qui n’étais plus témoin« 

Episode 13 « Sa main sur mon épaule »

Episode 14 : « Mon intime alliée« 

Episode 15 : « Khouya El Madani« 

*Le journal de la (céli)battante est un feuilleton où se mêlent fiction et réalité. Inty a créé le personnage de Kenza. En revanche, ces histoires sont basées sur des faits réels, inspirés de la vie de plusieurs Algériennes qui ont accepté de se confier.

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