Journal d’une (céli)battante : Asma se marie #2

Journal d’une (céli)battante : Asma se marie #2

Les tribulations de Kenza, une Algérienne de 30 ans, qui cherche l’amour envers et contre tous.

Précédemment : Asma se marie #1

Le dîner, fin et raffiné, était à l’image de ce mariage. Sur leur trône, Asma et Karim apparaissaient telle une image sur papier glacé du couple moderne algérien : jeune, élégant et sourire éblouissant. Je les ai mitraillés de photos mais aucune n’arrivait à capturer une beauté si intense. J’avoue qu’en les admirant ainsi je me suis mise à m’imaginer sur cette scène. Moi assise à côté de « l’autre ». Le contraste était d’une violence cruelle. Abominable. J’ai tout de suite effacé cette image de ma tête pour contempler à nouveau Asma et son mari.

Sa mère a fait un geste de la main. La table des célibataires, à laquelle je me trouvais, s’est alors levée sur le même tempo pressé pour rejoindre la mariée et l’accompagner dans la pièce qui lui servait de dressing. En marchant à travers les couloirs marbrés de l’hôtel, on a croisé ma cousine Kaouther, en charmante compagnie. Avec Faten et Zouzou, on s’est souri, d’un air de dire : « elle ne perd pas de temps dis donc ».

« Personne ne va remarquer »

Deuxième changement. Troisième robe. C’était au tour de la tenue traditionnelle de notre région. Et autant te dire, cher journal, qu’on avait l’impression qu’elle avait été inventée pour elle. Mais, stupeur, lorsqu’on a ouvert le coffret à bijoux prévu pour cette robe : une boucle d’oreille s’était fait la malle. On s’est mise à la chercher partout. Un vent de panique a alors parcouru la pièce encombré de valises.

« Les filles qu’est-ce qui se passe ? ». Personne n’a répondu à Asma, affairer à passer au peigne fin ses bagages. « Les filles ! ».

Quand elle a appris que l’une de ses boucles d’oreilles manquait à l’appel, Asma s’est mise à suffoquer. Elle était à deux doigts de sangloter, à un chouia de bousiller son sublime maquillage.

« Calme toi, ce n’est pas très grave, on va les remplacer par d’autres », lui dis-je. Mais impossible de désamorcer cette bombe. « Non, non, non, ça ne va pas du tout. Je ne peux pas sortir comme ça ».

Toujours pragmatique, Faten glisse : « Mais personne ne va rien remarquer du tout ». « Tu plaisantes ou t’es à côté de la plaque ? », Asma sort de ses gongs.

Le ton monte rapidement, tout le monde crie et accuse tout le monde. On s’engueule si fort qu’on a pas entendu la mère d’Asma frapper à la porte.

« Mais c’est quoi ce boucan ?!? Vous êtes devenues folles ?! On vous entend du couloir, imaginez un peu si quelqu’un passe ce qu’il va penser de nous ?!?! »

« Maman, j’ai, ils… ». Effondrée, Asma n’arrive pas à expliquer la situation. En digne témoin officieuse, je prends le relais.

« Tout ça pour ça ? ». La mère d’Asma a alors glissé sa main dans son sac, le poing serré et tendu vers sa fille, elle dit : « Prend celles de ta grand-mère, ce sont quasiment les mêmes ». Et, en se retournant vers nous : « Occupez vous d’elle. Son maquillage a dégouliné, c’est affreux ! ». Puis, elle a claqué la porte.

« Prends-en de la graine »

Asma est ressortie de son dressing, l’air triomphant. Elle était habillée de la tenue locale complète, dans sa pure tradition. Elle savait que, des jalouses, elle allait en faire beaucoup !

Sur le chemin du retour, on est passé devant Kaouther. Ma cousine discutait encore avec le jeune homme frêle au costume légèrement trop grand pour lui. Ses yeux étaient noyés dans les siens. Que pouvaient-ils bien se dire de si passionnant ?

Au micro, la chanteuse, une diva locale, accueille le retour d’Asma auprès de son mari. Dans la précipitation, Asma a laissé son éventail dans le dressing. Je me porte volontaire et je me dirige à nouveau vers la sortie. Je voulais satisfaire ma curiosité et assister peut-être à la naissance d’un couple.

Quand je suis arrivée à leur niveau, Kaouther avait son téléphone à la main et lui venait de ranger le sien dans sa poche. Venaient-ils d’échanger leur numéro ? Je les ai dévisagés de loin, cachée derrière une colonne. Les yeux plissés, j’ai essayé lire sur leurs lèvres.

« Prends en de la graine. Elle sait y faire, elle ! Ce n’est pas comme toi. Tu n’as pas foutu de garder un homme et tu ne fais aucun effort pour en rencontrer un. Et quand on te propose quelqu’un, tu rechignes. Arrête de faire ta belle ou tu vas finir toute seule. Elles vont toutes se marier et tout te laisser. Tu finiras seule ! Tu m’entends : SEULE ! » Ma mère venait de surgir de nulle part.

Récapitulatif :

épisode 1 « Khotba annulée »

épisode 2 « Coincée aux chiottes »

épisode 3 « Bande de filles »

épisode 4 « 47 appels »

épisode 5 « Celui qui s’invite de partout »

épisode 6 « Ménage de printemps »

épisode 7 « Proposition indécente »

épisode 8 « Crêpage de Chignon » 

épisode 9 « Un moment d’égarement #1 »

épisode 10 « Un moment d’égarement #2 » 

épisode 11 « Je voulais juste acheter des chaussures »

épisode 12 « Celle qui n’étais plus témoin« 

Episode 13 « Sa main sur mon épaule »

Episode 14 : « Mon intime alliée« 

Episode 15 : « Khouya El Madani »

Episode 16 : La fille de la « putain » 

*Le journal de la (céli)battante est un feuilleton où se mêlent fiction et réalité. Inty a créé le personnage de Kenza. En revanche, ces histoires sont basées sur des faits réels, inspirés de la vie de plusieurs Algériennes qui ont accepté de se confier.

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