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Le Journal de la (céli)battante “47 appels”

Le Journal de la (céli)battante “47 appels”
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Les tribulations de Kenza, une Algérienne de 29 ans, qui cherche l’amour envers et contre tous.

Précédemment : “Bande de filles”

47 appels en absence sur mon téléphone. 23 sur celui de Faten. 12 sur celui de Zouzou. En l’espace de trois jours, “l’autre” a essayé par tous les moyens de me joindre. Jusqu’à appeler ma propre mère : 7 appels en absence sur son téléphone. Heureusement, elle n’a pas prévenu mon père. Sinon Il l’aurait tué.

Bien sûr personne ne lui répond. Mais comme un fou, il rappelle, il insiste. C’est sa méthode. A chacune de nos disputes, il me harcelait au téléphone ou sur Facebook, j’ai toujours fini par craquer. Pas cette fois, je me le promets !

J’ai bloqué son numéro. Mes amies et ma mère aussi. Mais il a recommencé à nous appeler avec le téléphone de ses amis, de son frère. Il est tellement taré que je suis sûre que des fois il demande à des inconnus dans la rue leur téléphone pour m’appeler. Quand un numéro inconnu m’appelle, je ne réponds plus la première, plus de “Allô”. Et si c’est lui, je raccroche immédiatement.

Il me fatigue tellement avec ses tentatives que j’ai carrément décidé de ne plus répondre aux numéros inconnus. Hier, je me suis aussi achetée une nouvelle puce, chez un nouvel opérateur. Je n’ai partagé ce numéro qu’avec mes parents et ma bande d’amies. Petit à petit, je vais finir par abandonner mon ancien numéro à cause de lui.

J’ai également changé mes paramètres sur Instagram, Skype et Facebook. Je l’ai bloqué sur tous les réseaux et mes comptes sont passés en mode “privé”.

Je me barricade, je me retranche, je me protège de lui. Qui sait de quoi il est capable ? Jusqu’où il peut aller ? Il a déjà disparu après des disputes et à chaque fois il revenait à la charge, l’air passionné et fou amoureux. En m’offrant des cadeaux. Une fois, il m’a même écrit un poème (enfin plutôt recopié un qu’il avait piqué sur internet. Sur le coup, j’avais cru que c’était de lui). J’ai cru en cet amour. J’ai voulu y croire. J’étais naïve. C’est du passé.

Maman et papa sont partis ce matin au bled. Le cousin de maman est très malade. Mohamed, que tout le monde appelle MoMoh, a un cancer de l’estomac. A l’hôpital, on le gave de médicaments puis on le relâche. C’est sans effet : son ventre est toujours aussi gonflé qu’une pastèque et la douleur persiste. Il se tient à peine debout.

Je l’aime bien MoMoh, il a toujours été gentil avec moi. J’aimerais être à ses côtés mais avec le rush au cabinet en ce moment, monsieur Kosbough n’a pas accepté que je prenne des jours de congés. Pourquoi tout le monde décide au même moment de se refaire les dents ? En même temps, j’avoue que c’est une bonne excuse pour échapper à la famille. Je ne les ai pas revus depuis que “l’autre” m’a laissée en plan le jour de notre khotba. Je préfère éviter les conseils des cousines du style “comment trouver le bon“, “comment garder un homme”, “comment se taire et subir par amour”.

Après le boulot, les filles sont passées à la maison. Pour débriefer le premier rencard de Asma avec son architecte, rencontré sur Facebook. Je les installe dans le salon parce qu’il fait un peu frais encore à l’extérieur.

A peine assise, Zouzou lance, les yeux remplis de curiosité : “Alors, alors, raconte ! On attend ça depuis deux jours, c’est trop !”

Au moment où Asma s’apprête à prendre la parole, je l’interromps : “minute papillon”. Je me presse de ramasser leurs affaires, de leur servir un verre de thé et des gâteaux faits maison. Je m’assois enfin, je lui fais signe de la main, elle commence :

“C’était plutôt bien”. Son regard malicieux et pétillant ne trompe pas : ce premier rendez-vous amoureux a dû être excellent. Elle poursuit : “Il est passé à la maison me récupérer. Quand il m’a vu, il est sorti de la voiture, on s’est fait la bise. Et là, il me tend un bouquet de roses blanches. Il a retenu que ce sont mes favorites. Il portait une veste de tailleur sur un jean et une chemise à carreaux. Élégant et décontracté, juste ce qu’il faut”.

Zouzou et moi salivons déjà.

Asma continue : “On est allé au parc. Mais on a pas marché très longtemps, il s’est mis à pleuvoir. Ni lui ni moi n’avions de parapluie alors pour pas que je sois trempée, il a enlevé sa veste et la mise sur ma tête. On a couru comme ça jusqu’à la voiture”.

“Ho c’est trop mignon”, s’émerveille Zouzou, la main portée à son cœur. J’acquiesce de la tête en souriant. A côté, Faten ronronne : “Aller dans un parc quand il pleut c’est pas très malin”. On fait mine de pas l’écouter. Asma reprend le fil de son après-midi avec son architecte.

On sonne à la porte. Captivée par l’histoire d’amour naissant d’Asma, j’hésite à répondre. A la porte, on insiste. Je demande alors à Asma de patienter le temps que je me débarrasse de la personne sur le pallier. Comme je ne veux pas en rater une miette, je fonce à l’entrée. A moitié essoufflée, j’ouvre précipitamment la porte sans regarder par le judas. C’est “l’autre”.

Episode suivant : épisode 5 “Celui qui s’invite de partout”

Récapitulatif :

épisode 1 « Khotba annulée »

épisode 2 « Coincée aux chiottes »

*Le journal de la (céli)battante est un feuilleton où se mêlent fiction et réalité. Inty a créé le personnage de Kenza. En revanche, ces histoires sont basées sur des faits réels, inspirés de la vie de plusieurs Algériennes qui ont accepté de se confier. 

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