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Je voyage seule… en Algérie

Je voyage seule… en Algérie

Les Algériennes sont-elles des “baroudeuses” ? Elles sont en tout cas de plus en plus nombreuses à voyager seule ou entre amies dans toute l’Algérie. Des déplacements risqués en raison du harcèlement de rue et de la pression familiale. Mais le risque encouru est parfois surestimé. Récit.

Prendre la route n’effraye pas certaines femmes en Algérie. Inty a fait la connaissance de Cherifa et son groupe de voyageuses à l’ouest du pays. Depuis une année, cette Tlemcénienne à la retraite part régulièrement avec une trentaine de femmes de sa région à la découverte de l’Algérie. Elles ont autour de la cinquantaine. La plupart veuves ou divorcées. “Il y a même une dame de 89 ans !”, s’exclame Chérifa.

Road trip 100% féminin en Algérie

Façon colonie de vacances, elles louent ensemble un bus pour explorer des wilayas. Cette fois, la bande de Cherifa revient d’un séjour à Aïn Sefra (wilaya de Naâma). Elles sont 33 femmes à être parties sur les traces du Cheikh Bouamama pour visiter des musées et des peintures rupestres. “Nous nous sommes même rendues sur les dunes, aussi vieilles soit-on !”, plaisante Cherifa, dont la curiosité n’a pas de limite.

Ce petit groupe de femmes ne veut pas se priver, ni dépendre d’associations. Alors, elles ont pris les devants pour voir du pays. En l’espace d’une année, le groupe de Cherifa a déjà parcouru des milliers de kilomètres en Algérie, d’Est en Ouest et jusqu’au Sahara. Le Sud est d’ailleurs leur prochaine destination. Un voyage entre femmes à Ouargla et à Ghardaïa est déjà prévu au programme.

Nous n’avons jamais eu peur durant nos voyages

La bande de Cherifa détonne en Algérie et se fait assez remarquer lors de ses voyages. “C’est vrai que lorsque nous arrivons dans une ville, tout le monde nous observe, mais nous n’avons jamais eu de problèmes, on nous a toujours respecté”, assure Chérifa. Et d’ajouter : “nous n’avons jamais eu peur durant nos voyages. Peut-être une seule fois dans les Aures, nous nous étions perdues dans la nuit, et nous ne retrouvions pas le chemin de l’auberge. Mais c’était la seule fois”.

La peur n’habite pas non plus Louiza. Il faut dire que cette jeune femme de 24 ans voyage seule depuis son plus jeune âge. “Je n’avais pas d’autre choix pour étudier que de prendre le bus et d’aller à l’université qui se situe à plus de 75 km de mon domicile”, raconte cette diplômée en biologie, originaire de Akbou (wilaya de Béjaïa). Pour ses études, son loisir et son activité au sein de l’association RAJ (Rassemblement – Action – Jeunesse), il ne se passe plus une semaine sans que Louiza ne prenne la route seule. “Voyager sans la compagnie d’un homme, c’est devenu pour moi une banalité”, lance Louiza. “Je ne me pose pas la question de l’heure à laquelle je ferais mieux de partir. Je démarre quand j’en ai besoin. Il m’est arrivé plusieurs fois de débarquer à Carroubier au milieu de la nuit. Mon premier réflexe, c’est de demander aux familles que je croise dans la gare de me rapprocher de mon point de chute à Alger. C’est plus pour une question financière que sécurité”, précise la jeune baroudeuse.

Le kit de la voyageuse algérienne

Comme la bande de Cherifa, Louiza a rencontré peu de difficultés lors de ses escapades entre Alger, la Kabylie et l’extrême est de l’Algérie. “Plus je voyage et moins j’ai l’impression que le risque de me faire agresser est important. D’ailleurs, en dehors du harcèlement de rue qui existe partout dans le pays, je n’ai jamais été vraiment en danger”, explique Louiza. “Ce n’est plus comme avant. Les transports étaient peu sûrs, notamment les anciens trains avec des wagons séparés, ce qui facilitaient la tâche aux hommes qui voulaient agresser les femmes. J’ai même entendu dire que certaines avaient été jetées par dessus le train. Ce n’est peut-être qu’une légende urbaine. Pour ma part, le train est devenu mon moyen de transport privilégié. Il n’y a pas de crainte à avoir car il y a des contrôleurs et des stations de sécurité dans chaque gare maintenant”, poursuit-elle.

Pour cette jeune féministe, dont les amies “jalousent la liberté de déplacement”, le problème est moins d’ordre sécuritaire que sociétal. “Il y a clairement un problème de mentalité en Algérie concernant les déplacements de la femme, qui repose sur une tradition musulmane stricte qui puise dans la Charia, la loi islamique. Mais avec le temps on assiste à des transformations au sein des familles. Par exemple, de plus en plus de femmes étudient et travaillent loin de leur wilaya d’origine”, développe Louiza.

Si j’attends toujours un homme, je ne fais rien

Moins téméraire, Manel a mis au point un vrai kit mental de survie sur la route. “Il faut éviter de voyager avec une mauvaise voiture pour éviter les pannes, vérifier que vous avez de l’essence et du crédit sur votre téléphone. Et surtout tenir au courant vos proches de vos différents déplacements”, explique cette Algéroise de 28 ans, adepte du voyage solitaire mais qui dit être “toujours sur [ses] gardes”.

Contrairement à Louiza, ce n’est pas toujours évident pour Manel de convaincre ses parents de la laisser partir. “Ils s’inquiètent énormément lorsque je pars seule, mais une fois arrivée sur place ils sont rassurés. Une fois j’ai fait Alger Constantine en voiture toute seule, ils ont vraiment eu très peur”, raconte Manel. “Je me suis imposée auprès de mes parents. Au départ je partais à l’étranger seule, ça leur a permis de s’habituer à mes voyages. Car finalement on se sent plus en sécurité à l’extérieur qu’à l’intérieur. Après c’était plus simple de partir ici seule ou avec des copines”.

Cherifa, Louiza, Manel … De plus en plus de femmes ne veulent plus sacrifier leur liberté de voyager seule à l’intérieur du pays. Car il en va de leur autonomie. “Si j’attends toujours un homme, je ne fais rien. Alors je pars seule ou avec des amis. Je ne veux dépendre de personne”, conclue Manel.

Amina Boumazza & Djamila Ould Khettab

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