J’ai testé. Dans les coulisses d’un tournage de film

J’ai testé. Dans les coulisses d’un tournage de film

Notre blogueuse s’est improvisée actrice le temps du tournage du premier long-métrage du réalisateur algérien Karim Moussaoui.  Elle joue un petit rôle dans « En attendant les hirondelles », qui est présenté ce lundi à Cannes. Elle partage avec toi ses souvenirs de tournage.

Fin du mois de novembre 2016, aéroport de Biskra. Je redécouvre un paysage familier, celui d’une ville algérienne aux portes du désert faite de montagnes et de sables. Il est midi et le 2ème assistant réalisateur Hassan Ferhani vient me récupérer.

Il a réussi à se libérer une petite heure. Il affiche une mine radieuse, peut-être est-il ravi de fuir un petit moment le plateau de tournage. Cela fait déjà quelques semaines que le tournage du film « En attendant les hirondelles » a commencé, entre Alger, Sétif et Biskra. Des villes d’un même pays mais aux cadres totalement différents.

Après avoir traversé la cité aux portes du Sahara, nous sommes arrivés dans un petit jardin aux couleurs verdoyantes. Toute l’équipe est rassemblée pour la pause déjeuner. Rapide présentation entre un plat de tchakhatoukha biskria et de dobbara.

L’équipe est composée de nationalités différentes, entre une maquilleuse allemande, un premier assistant réalisateur français et des acteurs algériens. Après avoir pris un thé, Chawki Amari, écrivain et acteur, me présente le chargé de casting qui me propose un petit rôle de médecin. Prise de court, je crois d’abord à une blague. Ce n’est que lorsque la scripte, Hajer Bali, me donne les dialogues, que je comprends que c’est loin d’être une plaisanterie.

C’est donc ici, au pied du massif de l’Aurès et des Monts du Zab, où je suis venue passer quelques jours de vacances, que j’ai fait discrètement mon entrée dans le monde méconnu du cinéma algérien.

La journée terminée, l’équipe technique, efficace, remballe le matériel. Il est temps de retourner au bercail. On parcourt Biskra pour en sortir. Direction une charmante petite auberge, gérée par un homme moustachu d’un certain âge. Personnage assez marquant que tout le monde appelle « Bouchelaghem ». Y compris les femmes. Toute l’équipe retrouve son petit matelas, chacun vaque à ses occupations avant l’heure du dîner.

Au cours de ma première soirée au sein de l’équipe de Karim Moussaoui, j’ai fait certaines rencontres inoubliables. Je me suis liée d’amitié avec quatre personnes, en particulier.

Karim Moussaoui
Karim Moussaoui (au centre) entouré de son équipe sur le tournage de « En attendant les hirondelles ». Crédit : Hichem Merouche
Anke Thot, la maquilleuse du film

Grande, rousse, elle porte toujours un énorme sac à dos. Difficile de ne pas la remarquer. Anke était « la partie allemande » du film. Jamais sans ses boites imposantes, contenant de nombreux fonds de teint, rouges à lèvres, mascara et autres maquillages. Un peu tête en l’air, toujours souriante, à l’accent français particulier, Anke Thot est la première personne avec qui j’ai sympathisé durant le tournage.

Au début, notre conversation tournait essentiellement autour de l’Algérie, un pays qu’elle découvre pour la première fois. On a aussi beaucoup discuté de son métier de maquilleuse professionnelle pour le cinéma, un métier qu’elle affectionne particulièrement.

Hassen Ferhani, 2ème assistant réalisateur

L’un de mes coups de cœur ! Hassen est un personnage attachant, drôle, intelligent et vif. Son travail de 2ème assistant réalisateur consiste à gérer les comédiens principaux et les figurants. Il les a lui-même casté, en compagnie du chargé de casting.

Hassen n’est pas un bleu. Il a déjà réalisé plusieurs courts-métrages et un documentaire « Dans ma tête un rond point », qui a été primé plusieurs fois. La trentaine entamée, Hassen est un cinéphile avant d’être cinéaste prometteur. Je ne suis pas prête à oublier nos longues discussions sur les balcons de Ghoufi, en compagnie de Chawki Amari et Madjid Kellou (chargé du casting). Ces conversations à bâton rompu sur le cinéma m’ont aidé entrevoir un univers que je connaissais peu en acceptant de m’improviser actrice.

Lire aussi : Fi Rassi Rond-Point. Les mal-aimés de l’abattoir 

Djalila Kadi-Hanifi, auteure et script

C’est quelques jours après mon arrivée que j’ai fait la connaissance de Djalila. Mon second coup de cœur. Douce et retenue, on ne peut que l’aimer. Inséparable de Karim Moussaoui, elle est sage, presque secrète. C’est elle qui m’a donné mon texte et avec je fais ma toute première répétition, entre timidité et légers rires. C’était pour moi très intimidant.

Karim Moussaoui, réalisateur

Aussi discret que Djalila, Karim a été pour moi très difficile à cerner. Très consciencieux dans son travail, il lui arrive de refaire une scène de nombreuses fois jusqu’à obtenir l’effet qu’il recherche. Figure montante de la nouvelle génération de réalisateurs algériens, il est déjà passé derrière la caméra pour un moyen-métrage « Les jours d’avant », réalisé en 2013. Seul film algérien dont j’avais entendu parler avant de tourner dans « En attendant les hirondelles ». Omniprésent sur le plateau de tournage, Karim se fait beaucoup plus discret à la vie.

#Interview Karim Moussaoui : « Le cinéma doit être libre »

Moi, médecin dans la vie, médecin à l’écran
« J’aurais dû rester moi-même. Plus facile à dire qu’à faire ». Crédit : Hichem Merouche

Étonnée et très enthousiaste. C’est ainsi que je résumerais mes premières impressions dans les coulisses d’un tournage de film. Mais au moment d’entrer en scène, l’enthousiasme a vite cédé sa place à une vague de stress. Mon trac était peut-être causé par la caméra braquée sur les acteurs et les nombreuses personnes, qui s’activent hors champs.

Pourtant mon rôle est simple. On m’a demandé de jouer un médecin, ce que je suis – presque – dans la vraie vie. Cela aurait dû être un jeu d’enfant, pour moi, l’étudiante en médecine. Je devais rester moi-même. Plus facile à dire qu’à faire quand une caméra et des dizaines de techniciens vous épient. Je me suis sentie anxieuse, inquiète, agitée, comme à l’entrée d’une salle d’examen.

C’est grâce à quelques membres de l’équipe, notamment ceux avec qui j’ai répété les deux phrases que je devais prononcer (et oui seulement deux petites phrases !) que j’ai réussi cette épreuve.

De Ghoufi, à Constantine en passant par Chelghoum el Aid, je garde un excellent souvenir de cette expérience grâce à laquelle j’ai fait la connaissance de personnes intéressantes et sympathiques. J’ai aussi appris que le cinéma algérien ne se résume pas aux films qui passent sur la chaîne nationale mais que des histoires captivantes et émouvantes sont racontées par de jeunes cinéastes.

Lire aussi : Nouvelle vague : Ils font le cinéma algérien d’aujourd’hui

Imène Amani

  • La photo en Une est l’affiche du film « En attendant les hirondelles ». Source : Hichem Merouche
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