Ces étrangers amoureux de l’Algérie

Ces étrangers amoureux de l’Algérie

L’Algérie une destination de rêve ? Pas vraiment… mais en tout cas elle séduit de plus en plus d’étrangers. Ils sont nombreux à avoir choisi de s’y installer. Souvent pour des raisons professionnelles. Témoignages.

350.000. C’est le nombre d’étrangers qui vivaient en Algérie, en 2009. Date du dernier recensement, effectué par Mohamed Saïb Musette, sociologue au Centre de recherche en économie appliquée (Cread). L’étude n’a pas été mise à jour et mériterait de l’être car on peut dire avec certitude, grâce à des sources croisées, que ce nombre est plus élevé aujourd’hui.

Bien qu’Alger demeure moins attrayante que ces voisines marocaines et tunisiennes et que le pays tout entier traîne une image négative – héritée de la Décennie noire -, la population étrangère d’Algérie continue de croître. Elle a même triplé au cours des quinze dernières années, passant de 118.000 personnes en 1998 à plus de 350.000 aujourd’hui. Parmi elles, 40.000 ressortissants chinois constituent la première communauté étrangère d’Algérie, devant les Français, d’après l’Ambassade de Chine à Alger.

Inty est partie à la rencontre de ces étrangers qui vivent ou ont vécu en Algérie. Certains sont partis à regret, d’autres n’envisagent pas de quitter le pays nord-africain. Comment expliquer leur attachement à un pays si différent du leur ?

Andrew : « La générosité des Algériens continue de m’impressionner »

Andrew a 32 ans, il vit à Alger. Cet américain travaille dans la formation et la coopération internationale. 

Tu as forcément entendu parler d’Andrew alias Ibn Ibn Battuta ? Cet américain de 32 ans est devenu une star sur web en raison de son attachement à l’Algérie. Installé depuis plusieurs années à Alger pour son travail, il a développé une passion pour le pays. Il raconte régulièrement son expérience sur son blog et via ses photos sur Facebook et Instagram.

« En 2012, j’ai effectué plusieurs missions à Alger dans le cadre de mon travail pour une ONG américaine. Au cours de ces visites, qui devenaient de plus en plus fréquentes, j’ai développé une forte affinité pour le pays, et quand l’occasion s’est présenté de m’installer ici en 2013 je n’ai pas hésité. Je continue depuis à exercer dans les domaines de la formation et de la coopération internationale », raconte-t-il.

Ce qu’il admire le plus dans le pays c’est l’authenticité des Algériens.

« Je n’arrête pas d’être impressionné par la générosité et l’accueil des Algériens, ainsi que par leur humour – la capacité de rire même dans des moments sombres. »

Il a depuis son installation complètement adopté l’Algérie. Il parle algérien, consomme algérien et lorsqu’on le voit on pourrait presque croire qu’il est algérien tellement ses mimiques et sa façon de parler fait locale.

« En arrivant j’étais déjà francophone et arabophone, après de longues années d’études intensives, et j’avais déjà vécu deux années au Maroc, en Syrie et en Jordanie. Sur les plans culturel, linguistique, et interpersonnel, l’adaptation consistait donc à mélanger certaines influences que j’avais déjà assimilées, avec bien sûr une touche particulièrement algérienne. Et en général, les Algériens étant un peuple très accueillant, j’ai eu plein de beaux moments dès mes premiers pas, et plein de soutien moral dans les rares moments difficiles. »

Il est aussi tombé sous le charme du pays. Son oeil de photographe assure que l’Algérie est unique.

« Je ne connais pas un autre pays avec le même mélange particulier de beauté naturelle, de diversité humaine et de contrastes culturelles. »

« Les endroits que j’ai visités en Algérie ? Plusieurs petits coins et ruelles d’Alger, que je continue toujours d’explorer ; des grandes villes comme Constantine et Oran, des villes côtières comme Béjaia et Tipaza ; de beaux sites historiques (Timgad, Djamila, Tipasa, la Casbah…) ; et des merveilleux endroits dans le désert (Taghit, Timimoun, Adrar, Ouargla, Bou Saada…). En regardant la carte, je sens toujours que je n’ai encore rien vu ! »

« Le désert reste pour moi unique. Là on peut retrouver la paix, la solitude, le silence… et avec de la patience, on trouve même que cet environnement perçu comme vide est en fait riche en activité naturelle et humaine. »

En tout cas son amour de l’Algérie en a surpris plus d’un. Le mini-documentaire qu’Allaqta lui a consacré a été visionné plus d’un million de fois !

« Je conseillerai à mon entourage de venir. Et ce n’est pas que des paroles en l’air – j’ai déjà eu l’occasion d’accueillir plusieurs fois des amis et des membres de ma famille ici et de jouer au guide touristique. C’est un plaisir de montrer à d’autres gens ce pays si peu connu de l’extérieur, et de le redécouvrir à chaque fois à travers leur regard. »

Laura : « Alger a dépassé mes attentes »

Laura a 37 ans, elle est canadienne et spécialiste en ressources humaines.

Laura connaissait un peu l’Algérie avant de s’installer ici. Mais le pays ne lui offrait pas tout ce qu’elle avait connu avant. D’origine canadienne, elle a vécu au Canada et aux Emirats avant de venir à Alger. « Je suis venue en Algérie parce que mon mari a eu l’opportunité de travailler ici. Ça nous intéressait beaucoup car il est né en Algérie ».

« J’allais souvent en Algérie avant de m’y installer, parce que mon mari a de la famille ici. Donc ça ressemblait à ce que j’imaginais. Alger est une ville magnifique, ça a même dépassé mes attentes ».

« Je me souviens d’une journée, lorsque nous vivions à Dubaï, des amis me disaient : tu sais que tu ne trouveras pas tout ce que tu as ici à Alger ? Mais je m’en fichais, j’étais prête à vivre cette aventure. »

Une aventure qu’elle ne regrette pas car elle a fait de belles rencontres dans le pays.

« J’ai été marquée par la profondeur des relations humaines. Parce qu’au Canada tu as beaucoup moins de relations profondes qu’en Algérie. Tu as des amis, des collègues de travail mais ils ne rentrent pas dans ta vie comme ici ».

« Dès mon arrivée plusieurs personnes m’ont beaucoup aidée et accompagner. La tante de mon mari m’appelait souvent, s’occupait de nous. Notre ancien chauffeur était très présent, il nous avait invité pendant le Ramadan ce qui nous a permis de ne pas passer le Ramadan seul. Une amie, Hassiba m’a intégrée dans son réseau d’amis ».

« On a visité Tlemcen, Oran, Béjaia, Constantine, Biskra, Boussada, Ghardaia et Taghit. La plupart du temps on s’y rendait en voiture. On organisait ça avec des amis qui nous accueillaient sur place. »

« Moi je n’avais pas d’appréhension, mais mon mari un peu plus parce qu’il avait encore le souvenir des années 90. Mais moi qui n’ai pas connu ça, je n’avais jamais cette peur. Tous nos voyages se sont toujours bien passé, je n’ai jamais eu de problèmes et pourtant je suis visiblement étrangère, je ne suis pas habillée comme une Algérienne ».

Laura reconnait qu’elle ne pouvait pas toujours se déplacer seule dans le pays et parfois même dans Alger, mais qu’au final « on s’habitue vite » à cette façon de vivre.

Sa ville préférée est Constantine. « Je trouve que c’est une ville particulière, avec ses falaises et des ponts inter-reliés. Elle est unique au monde. Mais je préfère Alger, ma ville de cœur, c’est la plus belle ville d’Afrique. Il lui manquerait que quelques sauts de peinture blanche pour qu’elle soit parfaites ».

« La plupart des gens ne connaissent pas du tout le pays, ils ont une opinion et ne cherchent pas à le connaître. J’étais étonnée de l’avis des gens. Il y a un manque de vouloir faire dans le tourisme. L’Etat ne fait pas la promotion du pays, alors qu’au Maroc on la fait.  Aussi le visa dissuade les gens de venir. Il y a la barrière de la langue, quand on parle pas arabe ce n’est pas évident. »

Elle vient de quitter Alger le coeur serré pour vivre en Roumanie mais elle en garde un souvenir impérissable.

Ana : « L’Algérie est faite pour les voyageurs en quête d’expérience authentique »

Ana est une consultante américaine. Elle vit à Alger.

« Les deux choses qui m’impressionnaient le plus à propos de l’Algérie avant de venir m’y installer : son histoire révolutionnaire, sans nul autre pareil, et les secrets qui ont entouré cette période, jusqu’à aujourd’hui. »

« Ce qui me plaît le plus en Algérie : ses principes idéologiques, tel que son attachement indéfectible à sa souveraineté et son autodétermination. Ce que j’aime le moins : la manière que les hommes ont de constamment réaffirmer leur domination dans l’espace public et leur manque de respect vis-à-vis de la gente féminine. »

« Même si j’aime l’Algérie, je ne recommande pas à tant de personnes que ça de visiter ce pays, ne serait-ce que pour les difficultés à obtenir un visa d’entrée. Il faut aussi dire que les infrastructures touristiques sont sous-développées. Je recommande en revanche à mes amis globe-trotteurs qui apprécient les expériences de voyage authentiques et uniques, loin de sentiers battus ».

Guillaume : « J’ai un lien affectueux avec l’Algérie »

Guillaume est un entrepreneur français de 25 ans. Il vit à Paris.

Guillaume, son ami Tarik et leur hôte oranais à la plage Mader à Oran
Guillaume, son ami Tarik et leur hôte oranais à la plage Mader à Oran

« Lorsque je suis venue passée quelques mois à Alger pour un stage, en 2014, je voulais travailler dans un pays proche géographiquement de la France mais sensiblement différent au niveau culturel. J’ai eu une opportunité en Algérie, je l’ai saisie ».

« Avant de d’y vivre, je n’y connaissais pas grand-chose. Un peu d’Histoire de la décolonisation et des amis franco-algériens m’en avaient parlé un peu. Disons que je portais un regard neutre sur ce pays ».

Cette année, Guillaume est revenu accompagné de deux amis en Algérie afin de passer une partie de ses vacances d’été à voyager à travers le Nord du pays. « Je voulais retrouver un pays peu touristique où les gens sont très accueillants et les paysages très jolis ».

Ce qu’il aime le plus en Algérie ? « Les gens ! Les Algériens ont un rapport authentique et non intéressé avec les étrangers. Les gens sont curieux et très bavards ».

La ville préférée de Guillaume est « Constantine, accrochée sur son rocher, elle est saisissante ».

« J’ai un lien affectueux avec l’Algérie. Je me vois revenir encore pour les vacances très certainement. Mais je ne pourrais pas y vivre car la condition féminine est difficile ».

« Je recommande tout le temps à mon entourage de venir découvrir l’Algérie, soit pour les vacances ou soit pour y travailler de manière temporaire. Le pays a beaucoup d’avantages : il est non risqué, authentique, pas cher et on y trouve une diversité de paysages ».

Lire aussi : Mon premier voyage vers l’Algérie en bateau

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