Besma Belbedjaoui : “Je me bats contre l’informel”

Besma Belbedjaoui : “Je me bats contre l’informel”

Entreprendre dans un environnement hostile et anarchique. C’est, depuis six ans, le quotidien de Besma Belbedjaoui, fondatrice de l’une des premières usines de recyclage du plastique en Algérie. Portrait.

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A priori, rien ne prédestinait Besma Belbedjaoui à devenir un entrepreneur. Titulaire d’une licence en génie biomoléculaire à l’université des sciences et des technologies Houari Boumédiène d’Alger (USTHB) et d’un diplôme d’études supérieures (DES) en marketing et communication, la jeune Constantinoise s’imaginait plutôt couler ses jours dans un laboratoire de recherche. “Je venais de terminer une étude sur le diabète dans le cadre d’un stage à l’Institut Pasteur d’Alger”, se souvient Besma Belbedjaoui.

Contrainte au chômage pendant deux ans, la jeune ingénieure décide de se réorienter. Et de sauter le pas de l’entrepreneuriat. “Mes deux ans de recherche d’emploi, entre 2008 et 2010, ont été des années de déprime. J’étais au plus bas, sans perspectives. Mais ce sont aussi durant ces années-là que j’ai élaboré mon projet d’entrepreneuriat : étude de marché, rédaction d’un business plan”.

Crédit Ansej

Besma Belbedjaoui termine l’année 2010 avec un objectif en tête : devenir une femme entrepreneur et créer une usine de recyclage du plastique. Elle ambitionne ainsi d’investir une niche jusque-là sous-développée en Algérie. “Le marché était énorme, il l’est encore : des millions de tonnes de déchets et un faible pourcentage recyclé chaque année”, glisse-t-elle.

Mais comment financer un tel projet industriel ? “J’ai très vite écarté l’idée d’un prêt bancaire étant donné qu’il faut des garanties et pour cela hypothéquer ses biens. C’est trop risqué. Le secteur bancaire reste encore à être développé dans notre pays”, estime-t-elle.

L’entrepreneur en herbe se rabat alors sur un crédit Ansej (l’Agence nationale de soutien de l’emploi des jeunes). Elle dépose une demande au Printemps 2011. Son dossier restera plus de deux ans au point mort. “J’ai médiatisé mon affaire pour faire avancer les choses. Les médias peuvent être un appui dans certains cas de figure”, fait-elle remarquer. Après quelques déclarations à la presse, dont un passage sur Canal Algérie, Besma Belbedjaoui finit par décrocher en juillet 2013 une aide étatique pour lancer son activité. Elle obtient ainsi plusieurs centaines de millions de DA, son investissement personnel est presque équivalent.

Problème, son business plan n’est plus d’actualité. “J’allais être la première start-up dans le recyclage soutenue par l’Ansej. Mais entre le dépôt de ma demande et la réception du matériel financé par l’aide de l’Ansej, le marché du recyclage avait changé, mon étude était désuète. Il fallait reprendre le business plan depuis le début”, explique Besma Belbedjaoui, qui conseille d’ailleurs aux entrepreneurs de réviser leur business plan chaque trimestre.

C’est à 25 kilomètres de Constantine, à Ibn Ziad, que la directrice de Plasticycle Algérie installe son unité de recyclage, qui compte deux lignes de traitement. L’inauguration de l’usine a lieu en décembre 2013, sans la présence des responsables locaux. “C’est regrettable. Ils disent soutenir les industries naissantes et ils ne se déplacent même pas lors du lancement d’une usine dans leur localité”, souffle-t-elle.

Un marché dérégulé

Dans un pays où les déchets domestiques s’entassent par dizaine de millions de tonnes chaque année, il arrive pourtant que les machines de Besma Belbedjaoui tournent au ralenti. La faute à un manque de régulation du marché du déchet. “Je rencontre d’importantes difficultés à m’approvisionner en matière première parce le marché informel a la main mise sur 80% des déchets plastique”, déplore-t-elle.

Solution alternative, les ventes aux enchères de déchets organisées par les Centres techniques d’enfouissement (CET). Mais là encore, les prix grimpent très vite et les petits entrepreneurs peinent à se faire entendre. “En le lançant dans l’entrepreneuriat, le poids de l’informel est une difficulté que j’avais sous-estimé, c’est pourtant aujourd’hui le principal frein au développement de mon activité”.

Pour remédier à l’anarchie qui règne dans le secteur du recyclage, Besma Belbedjaoui, qui emploie en moyenne cinq techniciens, espère que l’Algérie va mettre en place une taxe “pollueur-payeur” sur les produits finis importés. “Je souhaite également que les autorités s’inspirent de la Tunisie et imposent un prix subventionné, symbolique et fixe du déchet afin de réguler ce secteur”.

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Djamila Ould Khettab

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1 Comment

  • Lamia mermouri 13 octobre 2017 14 h 40 min

    C’est une excellente initiative, bonne continuation ! En fait il faudrait éduqué le peuple algérien sur l’importance du recyclage, et du tri sélectif domestique quitte à l’encourager en faisant gagner un pecul à chaque foyer qui arrive à contribuer au tri des déchets. Inchallah nous y arriverons

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