Algériens, coquets et virils

Algériens, coquets et virils

Finie l’époque où les soins du visage et des cheveux étaient réservés exclusivement aux femmes. Barbe bien taillée, lissage ou encore épilation, les Algériens prennent de plus en plus soin d’eux. Et tentent de concilier bien-être et virilité. 

Les instituts de beauté et de soins destinés à la gent masculine pullulent à Alger et dans le reste du territoire. Prometteur, ce secteur est investi par des gérants de salon de coiffure algériens. Islem, jeune trentenaire qui a décroché son diplôme en France, fait partie de ces entrepreneurs algériens qui s’attaquent au marché du bien-être pour homme.

Les Algériens peinaient à chaque fois pour trouver où s’épiler ou prendre soin d’eux. Ils devaient passer par des instituts de beauté pour femme qui refusaient de les prendre.

Il y a tout juste un an, Islem s’est lancé un défi : fonder son propre institut de beauté pour homme. « La maison de l’homme » a ouvert ses portes en février 2017. Le jeune Algérien est parvenu en très peu de temps à fédérer une communauté d’hommes qui veulent prendre soin d’eux. Il raconte : « Mon espace n’est pas un salon de coiffure, c’est un institut de beauté pour hommes. J’avais remarqué que les hommes peinaient à chaque fois pour trouver où s’épiler ou prendre soin d’eux. Ils devaient passer par des instituts de beauté pour femme qui refusaient de les prendre. De là, j’ai eu l’idée de créer La maison de l’homme, qui est devenue une vraie maison car nous sommes devenus comme une famille avec nos clients ».

institut de beauté pour homme en algérie
L’équipe de La maison de l’homme qui bichonne leurs clients.

 

Brushing, kératine, masque

 

institut de beauté pour homme algérie alger
En vogue en ce moment, la coupe couronne est un dégradé progressif sur les côtés.

En termes de conforme et d’équipements, les instituts de beauté pour homme, qui sont apparus dans la capitale et le reste du pays ces dernières années, n’ont rien à envier aux ceux réservés aux femmes. Les salons qu’on a pu visiter à Alger en témoignent. Ils affichent un décor épuré, les murs sont sobrement peints dans des tons gris ou noir, la table de massage est parfois ornée de bougies.

Comme dans un institut de beauté pour femme, l’espace est divisé en deux : d’un côté, la partie coiffure, de l’autre le petit coin beauté où l’on n’est pas avare en conseils. « L’Algérien ne s’y connaît pas en esthétique. Quand il choisit un soin pour le visage, il ne cherche pas à comprendre les détails. Mais nous on lui explique, on lui fait un diagnostic de la peau pour l’informer et lui conseiller le soin adapté. Plusieurs ont étonné en apprenant à connaitre leur peau. Ils me demandent : « moi ma peau est comme ça ? » Je comprends cet étonnement puisque c’est nouveau pour eux », souligne Islem.

Un point diffère néanmoins les instituts pour femme de ceux destinés aux hommes : chez les hommes, on préfère écouter de la musique très forte plutôt que de papoter.

Dans les instituts de beauté pour homme, comme ailleurs, les services sont variés : soin pour la barbe ou le visage, soin capillaire, coupes (dreadlocks, tresses), brushing, kératine, coloration (cheveux et barbe)… « On a tout le matériel qu’il faut : shampoing, après-shampoing, la cire, l’huile et le sérum pour barbe ainsi que la coloration », précise fièrement Islem, dont l’établissement propose même le lissage japonais.

Une clientèle variée

Comme pour les femmes, se faire beau pour un homme a un prix. Les soins à la kératine coûtent pas moins de 6 000 dinars, le prix étant fixé en fonction de la longueur des cheveux et la quantité utilisée de produits. Quant au soin du visage, il faut compter 4 400 da pour un nettoyage de peau approfondi d’une durée de 1h15.

Néanmoins, la clientèle qui fréquente ces nouveaux espaces est variée. « On touche toutes les catégories. Il y a des gens qui n’ont pas les moyens, on les voit devant la vitrine en train de regarder, on les pousse à rentrer gratuitement. Il y a d’autres clients très discrets de la haute société qui aiment venir très tôt. Ils viennent à 7h30, ils se font coiffer et partent au bureau, ni vu ni connu », raconte Islem.

Ce jour-là, parmi des clients anonymes, une star du petit écran. Ryad Aberkane, le nouvel animateur sur El Djazairia One, s’installe pour la première fois sur le fauteuil de La maison de l’homme. « C’est vrai que je pense de plus en plus à bien m’habiller et me faire beau. C’est nouveau pour moi. J’ai toujours été un gars qui n’avait aucun look, j’avais un look sauvage, mais depuis que j’ai commencé à faire de la télé, j’ai commencé à me voir enfin, et à me regarder en me disant : « tiens il faut que je fasse ça, il faut que j’enlève ça » », glisse-t-il.

Parfois, les épouses accompagnent leur homme. « On a réalisé le souhait de toutes les femmes : accompagner leur mari, leur petit copain ou leur enfant dans un salon pour hommes. C’est très rare de voir ça en Algérie », se félicite Islem, qui gère l’un des rares instituts de beauté pour homme où les femmes ont droit de citer.

Se faire coquet n’est pas l’apanage de la jeune génération. Des hommes plus âgés font eux aussi attention à leur apparence. « On a un client qui a la soixantaine. Il vient au moins une fois par mois faire des soins du visage », détaille un esthéticien.

L’image compte, et puis c’est aussi pour l’estime de soi.

« Des demandes farfelues »

A force d’être autant chouchouté, certains sont devenus des habitués. A l’instar de Hakim, un jeune auditeur chez un expert-comptable, fidèle client de La maison de l’homme. « Je viens ici pour les soins de la barbe et pour me couper les cheveux. Je dépense environ 3 000 à 4 000 dinars par mois. Il est essentiel de prendre soin de moi, pour le travail, étant donné que je suis tout le temps en contact avec des personnes. L’image compte, et puis c’est aussi pour l’estime de soi », confie ce jeune Algérien.

Dans l’autre pièce, les coiffeurs, habillés du même T-shirt noir floqué du logo de l’institut, réalisent avec délicatesse des brushings : l’un utilise le séchoir tandis que l’autre tire doucement les cheveux d’un jeune client avec un lisseur. D’autres clients attendent patiemment leur tour.

« J’ai quatre coiffeurs barbiers et coloristes, deux d’entre eux sont en formation, le dernier coiffeur était élu N 1 chez L’Oréal Algérie, il a eu une note de 19.95 », lance triomphalement Islam. Ses coiffeurs participent d’ailleurs à la célèbre émission Alhan Wa Chabab.

En matière de coupe, ces fashion victimes savent exactement ce qu’elles veulent. En vogue en ce moment, la coupe couronne est un dégradé progressif sur les côtés, avec une certaine longueur qui s’allonge au niveau de la calotte. Certains ont des demandes plus excentriques. « C’est pendant le brushing qu’on a des demandes farfelues, entre un brushing travaillé ou volumineux, sur le côté, chacun exige à sa façon », indique l’un des coiffeurs.

Non ça ne touche pas à la virilité au contraire cela fait toujours plaisir d’avoir un visage net, une barbe bien taillée.

Des mecs, des vrais ?

Reste une question. Peut-on être viril tout en restant coquet ? Dans les instituts de beauté destinés aux hommes, les avis sont partagés. « Chacun est libre de faire ce qu’il veut. C’est pour l’estime de soi-même, s’il veut être beau pour plaire à sa fiancée ou à sa copine pourquoi pas », répond Ahmed, un fonctionnaire de 26 ans.

Ryad Aberkane nuance : « En ce qui me concerne, c’était ma maquilleuse sur le plateau qui une fois avait décidé de m’imposer de faire des soins. Je l’ai fait et j’ai vu que ça donnait un résultat, ça m’a beaucoup plu ! On s’est tous dit : « oulala question virilité, allez mettre des crèmes… » Le faire tout le temps, c’est à se poser des questions. Mais une fois de temps en temps se permettre un soin ou se faire du bien, cela fait partie du bien-être, d’une hygiène de vie. Non ça ne touche pas à la virilité au contraire cela fait toujours plaisir d’avoir un visage net, une barbe bien taillée. Ça fait propre même si je n’aime pas le qualifié ainsi ».

A lire aussi :
Vidéo. L’homme idéal n’existe que….
C’est quoi être un homme (arabe) ?
Test. Par quel type d’homme es-tu attirée ?
Vidéo. Un brushing… aux flammes !
Témoignage. « N’allez pas me dire que j’exerce un « métier de femme » »
Facebook Comments

Auteur

Sihem Benmalek
Sihem BenmalekÉtudiante à l'école supérieure de journalisme, de nature curieuse je suis une personne éclectique, passionnée de culture et de photographie, et par-dessus tout une éternelle voyageuse dans ma propre ville, Alger !

You May Also Like

Leave a Reply

En continuant à utiliser le site, vous acceptez l’utilisation des cookies. Plus d’informations

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer