Famille, soleil et passeport vert : mes vacances au bled

Famille, soleil et passeport vert : mes vacances au bled

« Tu pars au bled cette année ? » C’est la question qu’ils se posent chaque année. Les immigrés, les zimigri, zimigrias… On ne sait pas comment tu les appelles mais toi aussi tu en as forcément dans ta famille. Des oncles, tantes, cousins et cousines qui vivent loin mais qui chaque été se replongent dans la culture algérienne. Comment vivent-ils ces retrouvailles éphémères ? Récits.

Certains adorent venir, d’autres y vont par obligation familiale. Chez eux, mais pas complètement. Algériens à l’étranger mais immigrés en Algérie. Les vacances au bled sont un moment de réconciliation de deux cultures. Outre les retrouvailles familiales, ces séjours estivaux font partie de l’identité de ces millions de familles de la diaspora algérienne. Ces vacances sont devenues mythiques et ont même créé un imaginaire autour d’elles, inspirant chansons, comme le fameux Tonton du bled, et le cinéma, avec des films comme Né quelque part ou encore l’hilarant Il était une fois dans l’oued. Ces vacances représentent un mélange d’émotion, de tendresse et d’incompréhension pour beaucoup d’immigrés.

Héritage

Même si certains n’ont jamais grandi en Algérie et se sont contentés de quelques semaines par an dans le pays, il ont une réelle affection pour la terre de leurs parents. Un lien difficile à détacher.

Je m’accroche à ce qui me reste. Samia

« Je reste attachée à ce pays qui est avant tout celui de mes parents, en grandissant on se dit que ce sont nos racines et qu’on essaye de les préserver au maximum. Beaucoup de membres de ma famille sont décédés et avec le peu qu’il reste de mes oncles et tantes on garde le contact avec eux et on essaye de leur rendre visite. Beaucoup de mes cousins et cousines avec qui ont partagé des moments étant jeunes ont fait leur vie et on les voit moins. Je m’accroche à ce qui me reste et j’y retourne quand même pour visiter la tombe de mon père qui restera toujours le lien que j’aurai avec mon pays. J’ai des enfants et je les ai déjà emmené en Algerie et j’y retournerai pour leur montrer le pays de nos racines », raconte Samia, 42 ans.

Les vacances au bled font partie de l’héritage familial, avouent beaucoup d’immigrés et enfants d’immigrés. « Dans mon imaginaire l’Algérie a toujours été le pays de ma famille, de mes parents. Un environnement culturel familial donc rassurant. Mais je ne considérais pas vraiment l’Algérie comme mon pays en tant que tel ni comme celui de mes parents (qui ont la nationalité française). C’était le pays d’où mes parents venaient auquel ils étaient très attachés et moi aussi par mimétisme », explique Farah, 30 ans, originaire de Paris. Même si elle voyait durant ses vacances l’Algérie comme le pays de sa famille, elle a récemment fait le choix de s’installer à Alger pour y travailler.

Ma famille prenait vraiment soin de moi, j’étais comme une petite star. Mohamed

Pour Mohamed, un Franco-Algérien originaire de Bordeaux, les vacances en Algérie représentent un moment à part. « J’attendais ça avec impatience. J’allais retrouver mes cousins, la ferme de mes grands-parents, manger des plats algériens. Surtout ma famille algérienne prenait vraiment soin de moi, j’étais comme une petite star qui rentrait de France », raconte-t-il. « J’ai l’impression que mes parents utilisaient les vacances comme un moyen pour moi de ne pas rompre avec mes racines. Ce qui a marché vu que des années plus tard je suis venu m’installer définitivement en Algérie. Je ne connaissais que l’Algérie des vacances et je voulais découvrir l’Algérie de tous les jours. Je suis aujourd’hui très heureux ici », sourit Mohamed.

Et puis il y a ceux qui ont quitté le pays et laissé une part d’eux-mêmes ici. L’été est l’occasion de se replonger dans les souvenirs d’enfance, comme Anissa, 26 ans qui a quitté le pays à l’âge de 9 ans. « J’étais excitée à l’idée de retrouver ma famille, mes amis, faire de nouvelles rencontres à la plage. Nous rencontrions souvent des jeunes de notre âge, également venus de France avec lesquels nous passions une partie de nos vacances. Mes parents ne m’ont jamais forcé à y aller, je tenais à le faire », raconte Anissa. 

Apprendre à re-devenir Algérien

Déracinés, parfois esseulés quand le reste de la famille est restée en Algérie, certains Algériens perçoivent les vacances au bled comme le moyen de se retrouver, de se sentir soutenu, et d’être un peu plus algérien qu’à l’étranger. Et surtout à concilier leurs deux nationalités.

« J’y ai grandi jusqu’à l’âge de 9 ans donc c’était mon pays avant tout et l’endroit où je me sentais libre d’être moi-même puis j’ai appris à construire une identité « binationale » avec le temps, toujours en cours de construction d’ailleurs, et j’ai compris qu’on pouvait être soi-même partout », affirme Anissa.

« Quand j’étais en Algérie la question qu’on me posait toujours c’était : « tu préfères la France ou l’Algérie ? » », se rappelle Mohamed. « Je répondais l’Algérie en partie pour faire plaisir à mes interlocuteurs mais aussi car je le pensais. J’aimais les deux pays en fait et l’Algérie était beaucoup plus que le simple pays de mes parents », estime le jeune homme qui vit à Alger depuis quatre ans.

Blocages

Mais lors de ces séjours, beaucoup d’Algériens avouent parfois ne pas comprendre l’ensemble de la culture et rencontre des problèmes d’adaptation. La double culture ne donne pas accès à une compréhension totale du pays des parents.

« J’y éprouve également beaucoup de frustrations à différents niveaux : restriction au niveau des activités, des loisirs, des transports à Alger, de liberté de ne pas pouvoir sortir quand bon me semble, parce qu’à Alger, après une certaine heure il n’y a pratiquement personne dans la rue. Et aussi de ne pas pouvoir me poser tranquillement et en toute sécurité dans un parc à Alger pour lire ou pique-niquer parce que je sais pertinemment que je serai dérangée, voire harcelée », se plaint Anissa.

« Au début,j’essayais de parler arabe et puis on s’est moqué de mon accent du coup j’ai complètement arrêté », se souvient encore Mohamed.

Certains vont jusqu’à changer leur comportement, leurs tenues, pour faire couleur locale et convaincre que les immigrés sont également des Algériens.

« Mes parents nous disaient toujours d’être correctement habillé, pour eux jupe longue et pas de débardeur, les pantalons étaient interdits sinon il fallait porter une longue tunique. Maintenant à l’âge adulte je n’y vais pas en short ou jupe courte mais par respect pour les grands les tuniques sont toujours de rigueur mais je me permets les T-Shirts manches courtes », se souvient Samia.

(Re)découvrir son pays

Une nouvelle génération d’Algériens tente de se ré-approprier les vacances au bled. Ils ne laissent pas de côté l’aspect familial, mais à l’inverse de leurs parents ils veulent découvrir l’ensemble du pays. « Le séjour se déroulait exclusivement dans les villes des mes deux parents (Alger/Annaba). On allait à la plage, manger dehors, on faisait des activités nautiques etc. Mais on n’allait jamais vraiment visiter l’Algérie en tant que touriste. Ce qui fait qu’aujourd’hui, hormis les deux villes de mes parents je connais très peu l’Algérie », regrette Farah.

« C’est un pays avec une histoire exceptionnelle et si j’en avais le temps, je voudrais moi-même m’y rendre plus souvent pour découvrir plus d’endroits. J’aimerais faire découvrir à mes enfants la richesse de l’Algérie, de son peuple, de sa beauté géographique et de sa diversité culturelle », assure Samia.

Même si au fil des générations, le lien est plus distant avec l’Algérie, les immigrés et enfants d’immigrés semblent vouloir se battre pour conserver leur identité algérienne. Les vacances au bled permettent de conserver leur patrimoine, leurs racines. Une immersion devenue indispensable au moment où l’on remet en question le statut de bi-nationalité, notamment en Europe.  Des voyages qui aujourd’hui poussent de plus en plus d’Algériens de la diaspora à assumer leur double culture jusqu’à s’installer en Algérie, pour faire le chemin retour de leurs parents. 

Amina Boumazza

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1 Commentaire

  • Hamidou 12 mai 2017 23 h 28 min

    Je me suis installé en France depuis 13ans et j’ ai envis de rentrer des que mon fils terminé ces études en management et qui rentre avec moi

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