Chercher

Les Algériennes à la conquête des sports masculins

Les Algériennes à la conquête des sports masculins

Avec leurs poings bandés, leurs pieds chaussés de crampons ou leurs mains posées sur le volant d’un 4×4, elles dézinguent les clichés et bousculent les lignes. De plus en plus d’Algériennes osent investir des sports qui étaient jusque-là pratiqués exclusivement par des hommes. Décryptage.

Sana voue une passion pour les belles voitures. Mais pas n’importe lesquelles. Son dada à elle : les véhicules tout-terrain. Comme chaque année depuis dix ans, elle était présente jeudi sur la ligne de départ du Rallye des Colombes à Alger. Assise sur le siège du copilote, cette fois. “Je participe au Rallye depuis 2006, j’ai raté seulement une édition. Le reste du temps je fais du karting”, confie cette Algéroise de 38 ans, en route pour Timimoun.

rallye
Une des participantes lors d’une ancienne édition du Rallye des Colombes / Source Rallye des Colombes

Dans un pays où les conductrices essuient constamment des remarques sexistes, Sana et les autres adeptes des sports mécaniques font figure d’exception. “J’ai bien sûr eu le droit à cette phrase magique : “les femmes ne savent pas conduire, elles risquent de faire des accidents”. Au contraire nous les femmes on a tendance à bien s’en sortir. Puisqu’il s’agit surtout de régularité sur toutes les étapes. Et nous sommes bien plus fortes pour ça”, nargue Sana, sponsorisée par le Ladies Business Club, un réseau de femmes algériennes très actives dans tout le pays.

Les femmes ne savent pas conduire, elles risquent de faire des accidents

Des Algériennes boxeuses, lutteuses et haltérophiles 

Course automobile, football, boxe, athlétisme… En Algérie – comme dans le reste du monde -, les hommes ont longtemps eu le monopole sur certaines disciplines sportives. Mais, timidement, les lignes bougent. Bien qu’elles restent encore ultra-minoritaires, de plus en plus d’Algériennes, âgées de 5 à 35 ans, veulent désormais conjuguer les sports dits “virils” au féminin. D’après les dernières statistiques du ministère des Sports et de la Jeunesse, datant de 2012, l’Algérie compte 330 boxeuses contre 5.825 hommes, 269 lutteuses contre 2.355 hommes et même 313 haltérophiles (contre 1.306 hommes) !

Malgré l’arrivée de femmes dans des salles où jusque-là seuls des hommes s’entraînaient, les préjugés persistent. “Les femmes courent moins”, “elles sont plus fragiles”, “elles n’ont pas la gnaque”… Dans l’esprit de beaucoup encore, il existe des sports de garçon par opposition à des sports de fille. La distinction, que l’on retrouve partout dans le monde, n’est pas anodine. Elle est révélatrice d’un problème profond : la sexuation des sociétés. Comprendre, une organisation de la société en fonction du genre. Dans cet ordre établi, la féminité est associée à la fragilité, la douceur et l’élégance. Une association d’autant plus contestable qu’elle amène aussi à renier aux femmes qui pratiquent un sport violent ou de contact leur féminité.

Je ne vais pas me résigner à faire du ballet parce que je suis une fille. C’est absurde !

De quoi en indigner plus d’une. Sarah, une lycéenne algéroise, se dit ainsi “révoltée” contre ceux qui ne croient pas que tous les sports puissent être mixtes. “Je ne vais pas me résigner à faire du ballet parce que je suis une fille. C’est absurde !”, lance la jeune lycéenne en nouant un bandage autour de ses mains avant le début de l’entraînement de kick-boxing.

La mixité, un problème

Particularité algérienne, les femmes qui pratiquent des sports masculins font face à un autre problème : la mixité. Bien souvent, filles et garçons doivent s’entraîner ensemble ou concourir l’un contre l’autre puisque les filles ne sont pas assez nombreuses pour constituer une nouvelle classe ou créer une nouvelle compétition. Mais il reste encore difficile pour de nombreuses Algériennes de faire accepter à leur parent et entourage cette réalité.

Du haut de leur 16 ans, Sarah, pensionnaire de l’école d’art martiaux Sengouga à Alger-centre, la seule école privée de ce type du pays, se sait chanceuse. “C’est mon père qui pratiquait ce sport qui m’a encouragée sur cette voie. Beaucoup de nos amies aimeraient s’inscrire mais leurs parents refusent”, glisse Sarah, les cheveux tressés.

combat1
Sarah (t-shirt blanc) à l’entraînement face à son amie Manel. Source Inty

Chez les adultes, les mentalités sont vraisemblablement en train d’évoluer. Sana raconte ainsi qu’un nombre grandissant de femmes pilotes de course sont encouragées par leurs proches. “Je ne vois pas de maris qui refusent que leurs femmes participent à des courses. Au contraire parfois, les hommes accompagnent leurs épouses lors des rallyes, ils ramènent même les enfants derrière, ça leur fait une sortie ensemble”, confie-t-elle.

Lorsqu’on leur demande ce que les hommes pensent des femmes qui viennent marcher sur leurs plates-bandes, toutes les sportives interrogées expliquent que leurs adversaires masculins ont fini par porter un regard différent sur elle. Laissant au vestiaire les différence de sexes. “Au début, ils n’osaient pas me frapper. Ils avaient peur de me faire mal. Je leur ai dit de ne pas me traiter différemment et ils ont fini par le comprendre”, se félicite Sarah. A ses côtés, son amie Manel se réjouit à l’idée de se confronter à un homme. “Je préfère affronter des mecs parce que ça nous aide à à progresser plus rapidement”, sourit-elle.

Même son de cloche chez Sana, championne du Rallye des Colombes en 2011 et 2014. “Maintenant ils se sont habitués à voir beaucoup de femmes dans ces course mais au départ ils nous prenaient de haut. C’est sûr que les hommes dominaient avant largement les femmes mais avec le temps on a su s’imposer grâce à notre fameuse régularité”.

Amina Boumazza & Djamila Ould Khettab

Aller plus loin : Portrait de Laetitia Madjene, l’Algérienne championne du monde de Full Contact

Vous aimerez sans doute

Laisser un commentaire

*

En continuant à utiliser le site, vous acceptez l’utilisation des cookies. Plus d’informations

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer